Les réfugiés ont fui leurs villages, soumis aux incursions des Forces démocratiques alliées (ADF), une organisation de rebelles actives dans l’ouest et le sud-ouest de l’Ouganda.
«C’est la faute des rebelles si on est là, ils arrivent et tuent tout le monde sur leur passage. On aimerait mieux rester ici au lieu de repartir», dit un homme assez âgé.
Selon un responsable du CICR (Comité international de la Croix-Rouge), plus de 100.000 personnes ont fui les raids des ADF dans les districts de Kasese et de Bundibugyo (100 kilomètres au nord de Kasese).
Les ADF, une organisation mal connue, regrouperaient divers groupes de rebelles hostiles au régime du président ougandais Yoweri Museveni. On y trouve des musulmans fondamentalistes, un groupe rebelle anciennement basé à Rewenzori, d’anciens soldats zaïrois et d’anciens soldats rwandais.
Basées en RDC, pays frontalier de l’ouest de l’Ouganda, les ADF ont fait leurs premières incursions en Ouganda en novembre 1996 alors que la RDC était en pleine guerre civile.
Mises en échec par l’armée régulière ougandaise, les ADF ont regroupé leurs forces dans le massif du Ruwenzori qui est à cheval sur l’Ouganda et la RDC.
Depuis elles ont multiplié leurs attaques qui frappent surtout les civils. Pour le seul mois de septembre 60 civils ont été tués.
Dans des fax adressés à la presse locale, les ADF ont accusé le président Museveni d’être un «étranger» et de chercher à «créer un empire dans la région des Grands Lacs» (Ouganda, Kenya, Rwanda, Tanzanie, Burundi et RDC).
«On ne sait pas pourquoi ils se battent et ce qu’ils veulent», note un homme de 34 ans, Wilson Musswa, 34 ans, qui a trouvé un refuge provisoire près d’une mine. Sa sœur à ses côtés cuisine tant bien que mal des herbes sauvages ramassées dans les montagnes.
«Ils tuent les civils au lieu d’attaquer les militaires, leurs objectifs ne sont vraiment pas clairs», observe encore M. Musswa.
Les ADF opèrent dans une région qui a voté à une large majorité pour M. Museveni lors de l’élection présidentielle de 1996.
La population locale paraît hostile aux rebelles. Elle se livrerait occasionnellement à des lynchages.
«Mauvais garnements»
L’armée affirme par exemple avoir été «forcée» d’installer un camp à Kasese pour héberger dix familles de «collaborateurs» présumés des ADF qui risquaient, selon elle, d’être victimes d’une justice sommaire.
Avec ou sans soutien de la population locale, les rebelles ont déjà réussi à ébranler l’économie de la région et notamment le tourisme.
Ainsi deux attractions touristiques parmi les plus importantes de l’Ouganda, le parc national Ruwenzori et le parc national voisin Queen Elizabeth, ont pâti de la rébellion, le premier étant carrément fermé et le second enregistrant une chute de fréquentation.
«En saison, nous avions de l’ordre de 250 touristes par mois. En ce moment, il n’y a plus personne», relève Andrew Bongerere, un employé du service fournissant porteurs et guides aux amateurs de trekking dans les parcs nationaux ougandais.
A Kasese, chef-lieu du district du même nom, l’atmosphère est tendue. La ville bruisse de rumeurs sur une attaque imminente des ADF, qui ont déjà fait une incursion fin septembre dans une banlieue de Kasese, faisant 12 morts.
Les bars de la ville ferment désormais dès 22 heures. Les discothèques ont été fermées, officiellement parce qu’elles étaient susceptibles d’«attirer les mauvais garnements».
L’armée affirme «maîtriser la situation» et «nettoyer les dernières poches de résistance» des rebelles.
Selon elle, les ADF ont été «sévèrement affaiblies» après la victoire en mai dernier de Laurent-Désiré Kabila dans l’ex-Zaïre, un allié de M. Museveni et actuel chef de l’Etat de la RDC.
Les ADF n’en conservent pas moins des camps dans les forêts de l’est de la RDC, une région mal contrôlée par l’armée de M. Kabila.
L’armée ougandaise a annoncé son intention de lancer une opération conjointe avec l’armée de la RDC dans le but de détruire les camps des ADF de part et d’autre de la frontière.
Selon des sources dignes de foi, les ADF ont bénéficié avant l’arrivée au pouvoir à Kinshasa de M. Kabila d’armes soudanaises expédiées par avion via la RDC. Ces vols auraient cessé depuis le changement de régime en RDC. (AFP)


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