Cette crise a démontré qu’on «ne peut pas utiliser l’humanitaire comme un substitut à l’action politique», a résumé Roberto Garreton, rapporteur spécial de l’ONU sur les droits de l’homme dans la République démocratique du Congo (RDC, ex-Zaïre).
Le diplomate chilien a rappelé que son premier rapport, en 1994, mettait en garde contre les risques d’explosion dans l’est de l’ex-Zaïre, en raison de la présence massive de réfugiés hutus rwandais. «Rien n’a été fait», a-t-il ajouté.
Spécialiste du Rwanda, l’historien Gérard Prunier a mis en évidence le «problème du non traitement politique», par la communauté internationale, des crises successives qui ont agité ce pays depuis son indépendance.
«L’humanitaire a été utilisé comme une balayette, un ramasse-poussière face au non traitement politique des crises, dans lequel les crises suivantes ont pris leurs racines», a-t-il expliqué.
Incapable de régler les problèmes en profondeur, l’action humanitaire a souvent eu des effets pervers, ont ajouté les intervenants.
Fin 96 et début 97, lorsque ces réfugiés ont fui dans les forêts l’avancée des rebelles de Laurent-Désiré Kabila, les humanitaires ont «servi d’appât pour faire sortir les réfugiés hutus de la forêt. Après l’expulsion des humanitaires, ils ont été tués», a indiqué Bernard Grandjon, ancien président de Médecins du Monde (MDM).
Les intérêts énormes
des ONG
«Au-delà des intentions altruistes des gens sur le terrain, on voit que souvent, les ONG cautionnent de fait des régimes criminels», a estimé Rony Braumann, ancien président de Médecins sans Frontières (MSF).
«Il ne faut pas, a-t-il ajouté, nier les intérêts énormes des ONG, qui doivent gérer de l’argent, des véhicules, des salaires». «Ces intérêts ne sont pas toujours superposables avec les intérêts des populations à secourir».
Ainsi, selon Rony Braumann, «au Burundi, on a vu l’aide humanitaire mise aux enchères». Les donateurs mettent de l’argent à disposition, les organisations répondent à l’offre, se disant: «Les besoins sont si grands qu’on trouvera toujours une action décente à mener». «Ce n’est pas si sûr», ajoute l’ancien président de MSF, qui propose que les organisations s’assurent, avant d’engager une action, de l’existence d’une liberté d’évaluation, d’une mobilité et d’une liberté de contrôle de la chaîne des secours. «Sinon, ajoute-t-il, il faut partir».
Pour Ahmedou Ould Abdallah, ancien ministre des Affaires étrangères de Mauritanie et ancien envoyé spécial de l’ONU au Burundi, «la présence des ONG rassure les victimes et dissuade les fauteurs de guerre».
Mais comment se repérer face à la multiplicité des organisations, dont certaines sont en réalité des émanations des pouvoirs en place, ajoute-t-il avant de souhaiter l’élaboration d’un code de conduite.
«Si une illusion a disparu, c’est celle d’un nouvel ordre humanitaire international censé régir les relations entre les peuples après la guerre froide», assure pour sa part Nathalie Duhamel, directeur général d’ACF. Et de renvoyer la balle, une fois encore, aux «forces politiques des pays démocratiques» pour «un jour, intervenir sérieusement pour que des choses aussi dramatiques s’arrêtent». (AFP)

