Les fidèles des soirées classiques de la grande salle de l’Opéra du Caire sont rares, les concerts de jazz passent souvent inaperçus. En dehors d’une jeunesse dorée très américanisée, dans la rue, les taxis, et les fêtes populaires, la musique traditionnelle arabe règne en maître.
«C’est génétique», affirme sans hésiter Hani Sabet, producteur de musique populaire égyptienne, notamment du chanteur très en vogue Hakim. «J’ai produit de la musique occidentale jusqu’en 1984, mais j’ai arrêté car la musique arabe marche mieux», ajoute-t-il.
«Si les jeunes Européens sont attirés par les rythmes durs du hard rock ou de la techno, les gens ici préfèrent le rythme joyeux ou “ouahda ou nouss” (une et demie), ce tempo de la danse orientale qui les fait instantanément bouger», ajoute-t-il.
Pour le jeune compositeur Fathi Salama, dont la musique s’inspire du jazz et de la tradition orientale, «c’est à cause de la mafia des producteurs de cassettes qui refusent de produire autre chose que de la musique arabe».
«Ce n’est donc pas que les Egyptiens n’apprécient pas autre chose, mais comment pourraient-ils aimer des musiques auxquelles ils n’ont pas même accès?» s’interroge-t-il.
Mozart en arabe
Mêlant rythmes de jazz et instruments arabes comme le «mizmar» (hautebois) et la «rababa» (violon à une corde), Fathi Salam a signé avec une maison de disque suisse car il ne parvient pas à se faire produire sur le marché égyptien.
La désaffection est encore plus nette lorsqu’il s’agit de la musique classique: les concerts organisés par les centres culturels européens à l’Opéra du Caire sont boudés.
«Nous avons énormément de mal à faire venir les gens et nous sommes vraiment heureux lorsque nous parvenons à rempli la salle à moitié (…), souvent à coups d’invitations!», reconnaît Irène Bourse, attachée culturelle française.
Hassan Kami; ténor et conseiller artistique à l’Opéra, se veut rassurant. «C’est simplement un problème de communication car nous avons une grande tradition de musique classique, qui date de la construction du premier opéra du Caire, en 1869», assure-t-il.
«Il y avait un important public égyptien pour la musique classique occidentale, constitué essentiellement par les minorités juive, arménienne ou syro-libanaise, mais il a disparu avec l’arrivée du régime nassérien», regrette le pianiste et critique musical Sélim Sednaoui.
«Aujourd’hui, rares sont les Egyptiens attirés par ce type de musique. Les nouveaux riches se tournent plutôt vers la culture commerciale anglo-saxone», constate-t-il.
Vendeur dans le principal magasin de musique occidentale du Caire, Ahmad confirme que «le rayon classique n’est fréquenté que par des personnes âgées».
Certains compositeurs ont choisi de se situer au croisement des cultures et tentent de faire fusionner l’Occident et l’Orient.
Le ténor Raoud Zaidan a fait salle comble cette année en interprétant «Les Noces de Figaro», de Mozart, en arabe. Aziz Shawan, compositeur classique disparu en 1993, adaptait quant à lui, des chants traditionnels à l’écriture classique occidentale. Il avait essayé, dans son «Concerto pour piano», de reproduite sur le clavier le son du qanoun (cythare). (AFP)


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