A quelques mois de la sélection des participants, en mai 1998, l’architecture de l’Union économique et monétaire (UEM) apparaît désormais clairement et bouleverse les idées reçues.
La monnaie unique ne sera pas limitée à un petit nombre de pays, le critère-clé du traité de Maastricht, un déficit public de 3,0% du PIB au maximum, devrait être strictement respecté pour apaiser les craintes allemandes et la Banque centrale européenne (BCE) n’aura de compte à rendre à personne.
L’euro devrait tout d’abord compter une dizaine de pays, alors que les stratèges de Bonn et de Francfort envisageaient il y a quelques mois encore une UEM limitée à six ou sept membres.
L’accord auquel sont parvenus le leader communiste Fausto Bertinotti et le président du Conseil Romano Prodi, qui assure l’exécution pratiquement sans changement du projet budget 1998 vaut en effet à l’Italie une place dans la monnaie unique.
La Commission européenne a estimé dans ses prévisions économiques d’automne que l’Italie parviendrait à limiter son déficit à 3,0% en 1997, comme le prévoit le traité de Maastricht, et à 2,7% en 1998 en cas d’exécution du budget.
Rome fait ainsi taire les sceptiques, qui jugeaient la tâche de Romano Prodi insurmontable: l’Italie a prouvé qu’elle était capable de surmonter une crise politique au nom de l’euro et a définitivement gagné ses galons de pays «crédible».
Le retour du
«dreikommanull»
«C’est la confirmation de la vocation européenne de l’Italie, digne d’un Etat fondateur, et une inspiration pour nous tous», a déclaré le président de la Commission européenne, Jacques Santer, dans un communiqué publié après l’annonce.
Certes, des incertitudes subsistent, mais personne à Bruxelles ne veut croire que l’Italie manquera à l’appel, au grand soulagement de la France, qui s’était fait l’avocat de l’adhésion des pays du Sud à la monnaie unique.
«Quand un coureur de 110 mètres haies a franchi la dernière haie et qu’il lui reste quelques mètres à parcourir, il ne fait pas demi-tour», a estimé le commissaire européen aux Affaires monétaires, Yves-Thibault de Silguy.
L’Italie rejoindra donc les 12 autres pays qui, selon la Commission, réussiront à limiter leur déficit à 3,0% du PIB.
Seule la Grèce, avec un déficit de 4,2% du PIB en 1997, devrait être écartée de la première vague de l’euro, le 1er janvier 1999, mais l’embellie de la reprise devrait lui permettre de rejoindre ses partenaires un an plus tard.
La France, qui serait le seul autre pays à entretenir un déficit supérieur à 3,0% en 1997, est un «cas un peu particulier», selon les mots de Yves-Thibault de Silguy.
Paris a notifié à la Commission une prévision de 3,1% du PIB pour 1997 et l’exécutif européen n’a pu que s’aligner sur ce chiffre, alors qu’il aurait voulu afficher 3,0%.
Mais après avoir combattu le fétichisme du «dreikommanull» professé par l’Allemagne, les socialistes français semblent eux aussi prêts à y sacrifier, même si le traité de Maastricht n’oblige en rien à respecter ce critère à la décimale près.
«Ils (les Français) espèrent qu’avec la reprise de la croissance, ils seront à 3,0% en exécution du budget», a confié le commissaire aux Affaires monétaires en assortissant son propos d’un avertissement voilé à l’adresse de la France.
Journée faste
«Nous ne prendrons aucun risque avec la crédibilité de l’euro», a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse. «Nous appliquerons strictement l’ensemble des critères».
L’avantage serait d’éviter toute contestation le moment venu et de contribuer à rassurer une opinion publique allemande inquiète devant la disparition du mark.
Pour couronner cette journée faste, la France et l’Allemagne ont officiellement enterré lors du Conseil économique et financier franco-allemand de Muenster la hache de guerre dans le conflit qui les a longtemps opposé sur la gestion de l’euro.
La France, qui avait initialement demandé la création d’un «gouvernement économique» pour faire contrepoids à la Banque centrale européenne (BCE), a obtenu la création d’un conseil informel de coordination économique dans la zone euro.
Sans remettre en cause l’indépendance de la BCE, ce conseil, composé des ministres des Finances participants, permettra d’échanger des informations sur des sujets comme la situation économique, les réunions du G7, les budgets, la situation du marché de l’emploi, les réformes fiscales et l’évolution des coûts salariaux et le taux de change de la monnaie unique.
«Il n’est plus possible d’avoir le moindre doute sur la réalisation de l’union monétaire», a conclu le ministre français des Finances, Dominique Strauss-Kahn. (Reuter)


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