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Actualités - Chronologie

La Strada contre la traité des blanches

Première escale des prostituées d’Europe de l’est sur la voie des bordels occidentaux avant la chute du mur de Berlin en 1989, la République tchèque est devenue une «terre d’accueil» des réseaux de trafic de femmes, un fléau contre lequel l’UE veut lutter.
Le projet «La Strada» (La Rue), financé à hauteur de 200 millions d’écus (222 millions USD) pour 1997-1998, constitue un exemple inédit de coopération Est-Ouest dans ce domaine, avec trois expériences lancées récemment à Prague, Varsovie et Kiev.
«Le but est de rendre ce phénomène de la traite des femmes plus visible. Les victimes sont souvent enfermées par les proxénètes. Celles qui réussissent à sortir se cachent», explique Baerbel Butterweck, responsable de La Strada à Prague.
Cas exemplaire: Amanda, une Tchèque d’une vingtaine d’années est tombée dans le piège de la prostitution en voulant «gagner sa vie» dans un restaurant en Allemagne. Elle a été forcée de vendre ses charmes pour le compte d’un «ami», Anton, qui lui dérobait tous ses gains.
Un «client» auquel elle osa se confier lui offrit de la sortir de là et l’enferma dans un bordel aux Pays-Bas. Pour s’assurer de sa docilité, l’homme, en réalité un autre proxénète, menaçait de révéler sa nouvelle adresse à Anton, qui ne manquerait pas de la «punir» s’il la retrouvait.
Privées de leur passeport, les filles sont vendues d’un trafiquant à l’autre à travers l’Europe, pour des sommes variant entre 1.500 et 10.000 DM.
Les principales victimes des réseaux sont ukrainiennes, russes ou bulgares, et fuient la misère. «Les femmes de l’Est sont blanches, passent plus facilement inaperçues dans la population et arrivent comme simples touristes», note Mme Butterweck.
«Les trafiquants recrutent de préférence des jeunes, parfois orphelines, et les frappent, les droguent ou les menacent de représailles contre leur famille si elles se révoltent», ajoute-t-elle.

Le calvaire

Pour Hana Malinova, directrice d’un centre d’accueil pour prostituées près de la gare centrale de Prague, «les signes ne trompent pas, il s’agit de criminalité organisée.»
Dès la chute du bloc soviétique, la «traite des blanches» s’est révélée un secteur juteux pour les petits trafiquants. Ils ont exploité le filon du tourisme sexuel, très en vogue à Prague où 60% des «clients» viennent d’Allemagne.
Les trois responsables de La Strada mettent à disposition des filles une ligne téléphonique et une permanence à Prague pour les aider psychologiquement, médicalement ou dans les démarches administratives pour tenter une réinsertion sociale.
«On ne peut plus jamais revivre comme avant après avoir vécu un tel calvaire», relève la psychologue du groupe, Anna Daucikova.
Un avocat propose ses services aux prostituées souhaitant porter plainte. Mais le pas reste dur à franchir, avec moins de 200 plaintes par an dans toute la République tchèque. Selon Mme Butterweck, «dix fois plus de filles ont trop peur de parler».
La Strada s’est lancée dans un lobbying auprès des autorités de Prague, avec pour objectif d’obtenir une législation sur la protection des témoins dénonçant les souteneurs.
Premier succès pour l’organisation, la justice tchèque a accepté de retenir sa liste de «critères» définissant le trafic de femmes, en tête desquels arrivent la séquestration des prostituées nuit et jour dans un bordel, le refus de les payer ou de leur rendre leurs passeports.
L’éducatrice de La Strada, Dana Stursova, anime des campagnes de prévention dans les écoles sur les dangers potentiels du travail à l’étranger.
«Je ne peux pas leur interdire de partir, mais je peux leur donner quelques tuyaux comme d’exiger un contrat de travail avec un salaire précis, de ne jamais se séparer de son passeport, ou de ne pas hésiter à aller voir la police en cas de problème», précise-t-elle. (AFP)
Première escale des prostituées d’Europe de l’est sur la voie des bordels occidentaux avant la chute du mur de Berlin en 1989, la République tchèque est devenue une «terre d’accueil» des réseaux de trafic de femmes, un fléau contre lequel l’UE veut lutter.Le projet «La Strada» (La Rue), financé à hauteur de 200 millions d’écus (222 millions USD) pour 1997-1998, constitue un exemple inédit de coopération Est-Ouest dans ce domaine, avec trois expériences lancées récemment à Prague, Varsovie et Kiev.«Le but est de rendre ce phénomène de la traite des femmes plus visible. Les victimes sont souvent enfermées par les proxénètes. Celles qui réussissent à sortir se cachent», explique Baerbel Butterweck, responsable de La Strada à Prague.Cas exemplaire: Amanda, une Tchèque d’une vingtaine d’années est...