Ces périls se retrouvent d’ailleurs à l’échelle fédérale. Une commission présidentielle réclamait vendredi une forte augmentation des dépenses pour mieux protéger les réseaux informatiques gouvernementaux essentiels à la sécurité nationale contre des infiltrations éventuelles de terroristes ou de pirates informatiques.
Donald Haines, un expert de l’Union américaine pour les libertés civiles (ACLU), estime très sérieusement qu’il existe un risque de voir apparaître une société digne de celle de «Big Brother», en référence au roman fameux de George Orwell, «1984», décrivant un monde terrifiant où chaque citoyen est surveillé, contrôlé par un pouvoir suprême.
«Il n’y a eu jusqu’ici que peu de cadre juridique concernant le droit à la protection de la vie privée dans le monde naissant de la communication en ligne», écrivait l’année dernière une spécialiste de l’ACLU, Ann Beeson.
Le Congrès tente de rattraper son retard. De nombreux parlementaires ont été pris ces derniers mois d’une véritable frénésie de propositions législatives visant à protéger les droits des gens à la vie privée dans le monde protéiforme d’Internet.
La Sécurité sociale américaine a présenté jeudi un nouveau projet de site informatique qu’elle compte ouvrir d’ici la fin de l’année où chaque assuré pourra consulter, entre autres, les droits auxquels il pourra prétendre à l’heure de la retraite.
La Sécurité sociale avait dû retirer à la hâte, en avril dernier, la première mouture de ce site qui avait suscité un tollé de la part de nombreuses associations, réclamant davantage de confidentialité.
Sur la voie
N’importe qui ou presque pouvait en effet accéder à ses propres données, incluant notamment tout l’historique de ses rémunérations, mais aussi, sans trop de difficultés, à celles d’un proche, voire d’un voisin ou encore d’une partie adverse dans un différend juridique...
L’accès au site sera désormais plus difficile et la Sécurité sociale a adopté des mesures de précaution pour mieux s’assurer de l’identité des personnes demandant l’accès à un dossier.
L’expérience de la Sécurité sociale est suivie avec beaucoup d’intérêt aux Etats-Unis et prend valeur de test pour le restant de l’administration fédérale, qui cherche à trouver le juste équilibre entre un accès moderne à l’information du contribuable et une nécessaire protection de la vie privée.
L’enjeu, explique un responsable de la Sécurité sociale, John Callahan, est de «fournir un service électronique pour satisfaire les demandes sans cesse croissantes d’une communauté en expansion et technologiquement sophistiquée».
Le nouveau projet de la Sécurité sociale «est un pas dans la bonne direction», estime OMB Watch, une association ayant pour objectif de protéger les droits des particuliers à la vie privée.
La Sécurité sociale, ajoute-t-elle, «continuera de servir de test et de subir les critiques d’un processus devant être soutenu et encouragé par l’administration».
En attendant; les progrès de l’informatique font que les Américains sont épiés dans leurs moindres faits et gestes.
«La perte de confiance du public dans la protection des informations personnelles est tout à fait réelle aujourd’hui», déclarait en mai Marc Rotenberg, un professeur de droit à Georgetown University, à Washington.
La presse a relevé des exemples inquiétants: la possibilité informatique d’observer ce que consulte un utilisateur d’Internet, l’accès d’un employeur au courrier informatique de son personnel, sans parler des multiples cartes à puce permettant à des indiscrets de reconstituer les goûts des consommateurs, les appels téléphoniques ou les itinéraires de tout un chacun. (AFP)


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