L’objectif de cette expérience, menée par l’association HELP (Habitat écologique et liberté des primates), créée par une Française installée au Congo, Mme Aliette Jamart, est de «pouvoir conclure de façon claire à la possibilité ou non de réinsérer des chimpanzés captifs dans la nature», explique M. Farbice Martinez, président de Gorilla, association basée à Pierrelatte (Drôme), qui a parrainé cette opération.
Avec l’accord du gouvernement congolais, un mâle et six femelles, qui avaient vécu jusqu’alors en semi-liberté, ont été dotés de colliers-émetteurs et se sont retrouvés sur le site «du Triangle», en bordure de la réserve, précise le fondateur de Gorilla.
Chez les cousins asiatiques des chimpanzés, les orangs-outans, le retour à la liberté a pu être réalisé avec succès dans une centaine de cas, car il s’agit de singes solitaires et placides. Mais de ce point de vue, les chimpanzés sont à l’opposé des singes roux de Bornéo et Sumatra.
A la fois très sociables et hargneux, ils vivent au sein de communautés fortement hiérarchisées, composées de plusieurs dizaines d’individus, qui se scindent et se recomposent en permanence. Les tensions sont fréquentes mais aboutissent généralement à des règlements à l’amiable, dans des embrassades houleuses et des séances d’épouillage mutuel.
En revanche, face à un intrus provenant d’un autre groupe, les chimpanzés savent se montrer très violents. Une femelle peut se faire accepter, ce qui est totalement impossible pour un mâle adulte. Après les premières descriptions idylliques du comportement des chimpanzés, on sait aujourd’hui qu’ils n’hésitent pas à s’entre-tuer.
Zoos de luxe
Aussi, la quasi-totalité des chimpanzés confisqués se sont retrouvés dans des sortes de «zoos de luxe», sur des îles n’ayant rien à envier à leur milieu naturel, mais sur lesquelles ces animaux sont restés largement dépendants des humains. Tel est d’ailleurs aussi le cas des chimpanzés gardés par HELP.
Malgré les réticences de nombreux spécialistes, la primatologue écossaise Caroline Tutin, qui étudie les singes anthropoïdes africains depuis plus de vingt ans sur le terrain, a estimé, dans un rapport rédigé à la demande de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), qu’on pouvait aller plus loin, à condition de respecter un certain nombre de critères: animaux jeunes mais déjà indépendants, sains, pour éviter tout risque de contamination de la population sauvage, site pouvant accepter des individus supplémentaires...
Parmi la quarantaine de chimpanzés de l’orphelinat d’HELP, le choix s’est porté sur «Mékoutou», mâle plein de curiosité de 6 ans, et six femelles de 8 à 9 ans, dont «Yvette» et «Bougnoule», très unies entre elles, et «Choupette», connue pour sa capacité à se lier facilement à des inconnus.
«Six mois après leur lâcher, on sait qu’ils sont autonomes et, bien qu’ils rencontrent des congénères sauvages, aucune perte n’a été constatée parmi les membres du groupe», se félicite M. Martinez, dans un premier bilan provisoire.
Si tout continue à bien se passer, cette opération délicate, réalisée avec l’aide du GEF (Global Environmental Fund, organisation internationale administrée par la Banque mondiale), devrait connaître une suite cet automne. A leur tour, une dizaine d’autres chimpanzés devraient retrouver la liberté. (AFP)


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