En butte à de virulentes critiques de certains milieux indonésiens, le ministre de la Forêt a accepté la responsabilité pour les incendies.
Il a cependant tenu à souligner qu’il était, au nom du développement économique, l’objet de pressions permanentes pour qu’il autorise le défrichage des forêts et leur remplacement par des plantations industrielles.
Et il a révélé un chiffre jusqu’à présent confidentiel: de 500.000 à 700.000 hectares de forêts sont chaque année, depuis quatorze ans, transformés en plantations industrielles dont la rentabilité économique est immédiate et importante.
Après l’incendie signalé dans une forêt protégée de Lombok, l’île voisine de Bali, où se rendent des touristes du monde entier, de nouveaux foyers ont été signalés à Java dans des secteurs jusque-là préservés.
En Malaisie, où les fumées qui recouvraient le pays s’étaient dissipées pendant le week-end dernier, permettant de lever l’état d’urgence dans la province de Sarawak, de nouveaux incendies se sont déclenchés.
Les pompiers tentaient ainsi de contenir un feu qui menaçait des populations tribales dans l’Etat de Pahang (centre) mais le manque d’eau entravait leur action. Cet incendie aurait déjà détruit 1.000 hectares de forêt, selon les autorités.
Rapport alarmant
En Indonésie, la priorité, comme l’a indiqué le ministre australien des Affaires étrangères Alexander Downer, est maintenant «d’éviter que se développe dans l’est du pays une situation semblable à celle de Sumatra et Kalimantan (la partie indonésienne de Bornéo) où les incendies font rage hors de tout contrôle».
Une équipe de coordination et d’évaluation du département des affaires humanitaires des Nations Unies est arrivée à Djakarta, venant de Genève, et a commencé à évaluer la situation, les besoins et les offres d’assistance faites par la communauté internationale.
Le premier rapport de ces spécialistes est alarmant: confirmant les craintes générales déjà exprimées, il estime que les incendies ont «échappé à tout contrôle» et que, à moins de fortes pluies, ils dureront encore longtemps.
Les procédés de lutte anti-incendie sont inefficaces face à l’ampleur des feux de Sumatra et de Bornéo, surtout lorsque la couche de tourbe et de lignite qui recouvrent de vastes superficies du Kalimantan notamment a pris feu.
L’intervention aérienne, soulignent les spécialistes, est rendue difficile en raison de l’épaisse fumée qui limite la visibilité et, de plus, n’est pas vraiment efficace sur ce type de foyers qu’il faut noyer.
Les fortes pluies qu’apporte la mousson constituent donc le seul réel espoir mais, cette année, «El Nino» l’a retardée et, selon la plupart des météorologues, les précipitations de ces derniers jours sur le nord de l’Indonésie ne devraient être que passagères.
C’est ainsi que les millions de personnes affectées par la chape de fumée tournent désespérément leurs regards vers le ciel d’où ils attendent les pluies bienfaitrices de la mousson, seules capables de limiter la catastrophe sanitaire et écologique en cours.
Le changement des vents attendu est en cours et devrait «bientôt» chasser la fumée accumulée sur l’Indonésie et ses voisins, a affirmé M. Sri Diharto, le chef du bureau indonésien de la météorologie.
Cette évolution, a-t-il indiqué «a commencé depuis trois jours» et les fumées des incendies de Sumatra devraient être entraînées par les vents vers l’océan indien, loin de la Malaisie et de Singapour, et, celles de Bornéo, vers le détroit de Karimata et la mer de Chine méridionale.
L’optimisme du chef du bureau de la météorologie n’est cependant pas partagé par les responsables indonésiens et étrangers de la lutte contre les incendies pour lesquels «il n’y aura pas de véritables pluies avant décembre».
Entre-temps, la communauté internationale continue à se mobiliser et la Thaïlande, après la Russie et l’Australie notamment, a proposé à son tour d’envoyer en Indonésie des avions et des hélicoptères équipés en bombardiers à eau.
L’équipe du département des affaires humanitaires des Nations Unies, spécialisée dans la coordination des secours et l’évaluation des désastres, a reçu le renfort de trois nouveaux experts, dont deux spécialistes de la lutte anti-incendies.
L’un de ses membres, M. Richard Wien-Hazebrouck, a indiqué qu’une équipe avait été envoyée — par la route — à Jambi (nord Sumatra), quelques 700 kilomètres au nord ouest de Jakarta, une des régions les plus affectées par les fumées toxiques.
M. Wien-Hazerbrouck a également annoncé qu’une autre équipe partirait par avion pour l’Irian Jaya, où près de 300 personnes, selon les autorités indonésiennes, sont déjà mortes de malnutrition et de troubles digestifs liés à l’eau contaminée.
Une autre, a-t-il ajouté, partira «dès que les aéroports seront rouverts» pour le Kalimantan, la partie indonésienne de Bornéo.
Pour un expert étranger, spécialiste en génie civil affecté au ministère indonésien de la Forêt, le besoin le plus pressant est du matériel permettant d’équiper les volontaires qui, dans les régions affectées, veulent lutter contre les feux.
«Il faut leur fournir des bottes, un casque, une pelle et coordonner l’action de groupes de volontaires qui ne manquent pas et peuvent recevoir une formation rapide en une ou deux séances», a ajouté cet expert qui a conservé l’anonymat.
«Il n’y a que les pluies qui peuvent véritablement éteindre les incendies, notamment dans les régions de tourbières, en attendant, il faut donner à la population les moyens de se défendre». (AFP)


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