A n’en pas douter, les éditeurs de l’impératrice de la littérature enfantine doivent partager ce souhait. En cette année du centenaire de la naissance d’Enid Blyton, les ventes de ses 700 ouvrages atteignent des sommets.
Cette «success story» au pays de l’enfance a pourtant connu quelques nuages. Jugée sexiste, voire raciste, l’œuvre de Blyton, victime de l’engouement pour le «politiquement correct», a été bannie des bibliothèques pendant les années 1970.
Aujourd’hui pleinement réhabilitée, l’auteur de «Oui Oui» et du «Club des Cinq», best-sellers, en France, de la Bibliothèque rose, fait un retour en force. Le jour du centième anniversaire de sa naissance, une plaque commémorative a été inaugurée en son honneur sur la façade de la maison de Surrey, au sud de Londres, où elle écrivit sa première histoire.
«Même si le ‘Club des Cinq’ ou le ‘Clan des sept’ n’ont jamais été épuisés ces deux dernières années, leurs ventes ont beaucoup augmenté», observe Mary Tapissier, des éditions pour enfants Hodder.
En cinq jours
De fait, les aventures des intrépides héros nés de l’imagination fertile de l’écrivain britannique – elle pouvait écrire une histoire en cinq jours seulement – se transmettent souvent de génération en génération.
«Personne n’a eu plus d’influence qu’elle pour inciter les enfants à la lecture. Pour moi, il est honteux qu’elle ait été décriée dans les années 1970. Aujourd’hui, ses livres sont devenus des classiques», affirme Tapissier.
Vingt-neuf ans après la mort de Blyton, les droits de son œuvre pléthorique, qui atteignent plusieurs millions de livres par an, sont détenus par Trocadero Plc, le géant du parc d’attractions pour enfants.
Traduites en plus de 40 langues, vendues à 200 millions d’exemplaires, ses histoires ont aujourd’hui donné naissance à nombre de produits dérivés et autres adaptations pour la télévision.
Il y a vingt ans, ce conte de fées avait pourtant des relents de cauchemar. Bibliothécaires et instituteurs s’étaient associés pour dénoncer une œuvre dont ils critiquaient l’étroitesse d’esprit. Les livres de Blyton, affirmaient ses détracteurs, donnaient notamment de la société une image rétrograde, où l’homme et la femme étaient cantonnés dans leurs rôles traditionnels.
Tombée en disgrâce, Blyton fit l’objet d’un véritable lynchage médiatique. «Hypocrite», «caractérielle», elle fut même publiquement accusée par sa fille cadette d’avoir négligé sa famille au profit de son œuvre littéraire.
Un avis que ne partageait pas Gillian Baverstock, fille aînée de l’écrivain. Lorsque, enfant, elle rentrait de l’école, elle se précipitait vers la machine à écrire de sa mère pour y dévorer les passionnants feuillets qui venaient juste d’en sortir.
«La plus vilaine fille de l’école» était mon histoire favorite, se rappelle Baverstock. Je voulais aller dans une école comme ça, mais ma mère a été obligée de me dire que ça n’existait pas».
Malgré les critiques, malgré la disgrâce, la popularité des livres d’Enid Blyton ne s’est en tout cas jamais démentie.
Pour David Rubb, chercheur et professeur au Bolton Institute, ce paradoxe n’est qu’apparent.
«En fait, les critiques formulées à son encontre sont toujours venues des adultes, pas des enfants», constate-t-il. (Reuter)


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