«De 80 à 90% des douleurs chroniques les plus graves, souvent liées à une maladie comme le cancer ou le sida, pourraient être soulagées par la morphine, mais en réalité, moins de la moitié le sont», ont souligné les spécialistes réunis lors du deuxième congrès européen sur la douleur qui s’est achevé le week-end dernier à Barcelone (Nord de l’Espagne).
«Il ne se passe pas de semaine sans que l’on me parle de malades qui endurent des douleurs intolérables et inadmissibles qui, sans aucun doute, auraient pu être contrôlées par cette substance», a souligné le Pr Jean-Marie Besson, directeur de recherche à l’INSERM et président de l’association internationale pour l’étude de la douleur.
La consommation de morphine à des fins médicales augmente, a reconnu ce chercheur, mais dans bien des cas, ce médicament est encore utilisé «au compte-goutte».
«Si rien n’est fait au niveau universitaire et politique pour faire cesser ce scandale, a-t-il ajouté, il va nous falloir agir comme le faisait Amnesty International pour la torture: publier une liste des pays où la souffrance est reine».
Selon une étude présentée à Barcelone, aux Etats-Unis — un des pays où la douleur est pourtant la mieux prise en charge — moins de la moitié des personnes traitées pour un cancer avec métastases recevaient, en 1994, un traitement correct.
Une autre étude, menée auprès des responsables sanitaires de 32 pays, montre que les réticences à l’emploi de la morphine médicale sont, dans l’ordre, la peur de l’accoutumance, le manque de formation à la prescription des équipes médicales, la peur de poursuites ou de sanctions, les craintes de détournement, de vol ou d’agression à des fins toxicomaniaques ou, plus simplement, le manque de fourniture du produit.
Micro-granules
Selon les données communiquées par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la consommation de morphine médicale en Europe serait passée de 3 tonnes en 1985 à 17 tonnes aujourd’hui. Le Danemark arriverait en tête avec 83 kilos de morphine par million d’habitants contre 49 kilos en Suède, 30 en Grande-Bretagne et 28 pour la France qui serait ainsi passée du 39e rang, derrière les Seychelles, au quatrième.
Selon des informations recueillies à Barcelone, cette progression, de la France notamment, serait cependant totalement artificielle.
Calculée par l’organe de contrôle des stupéfiants (OICS) basé en Autriche, à Vienne, cette consommation est en fait un inventaire de toute la morphine dont dispose un pays à un moment donné, sans tenir compte des exportations de cette substance, a expliqué Dominique Gubler, directeur général de Francopia, la seule société française autorisée par les autorités à cultiver du pavot pour fabriquer de la morphine à des fins médicales.
Les médicaments permettant de combattre les douleurs les moins lourdes — aspirine, paracétamol — existent depuis plus de cent ans. Quant à l’opium, à partir de laquelle est produite la morphine, elle soulageait déjà les douleurs des Egyptiens et des Chinois il y a 5.000 ans.
Depuis, la plupart des molécules mises sur le marché contre les douleurs chroniques ne sont que des dérivés morphiniques, comme la buprénorphine ou la nalbuphine.
Parallèlement à la quête de nouvelles molécules, les laboratoires pharmaceutiques mettent l’accent sur l’amélioration des produits existants. C’est le cas notamment du Skenan, une morphine à effet prolongé (pendant une douzaine d’heures) qui ne demande que deux prises par jour au lieu de six et évite ainsi la réapparition des douleurs.
Les gélules de Skenan contiennent des «micro-granules» enveloppées par un fil polymérique qui se dissolvent plus lentement dans l’estomac et permettent donc de conserver un niveau stable du produit dans le sang.
Le Skenan, présent depuis cinq ans en France, est lancé ce mois-ci dans d’autres pays européens (Belgique, Espagne, Italie). Le coût moyen de traitement journalier avec ce produit est d’environ 3 dollars (AFP)


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