Il est 8h30. Les rames sont bondées. Après en avoir laissé passer deux tant la muraille de chair au ras de la porte était impénétrable, le voyageur a dû jouer des épaules et des coudes pour forcer l’entrée d’un wagon à la station Censier-Daubenton.
Il se retrouve collé entre deux hommes dont le dialogue illustre les difficultés de la lutte contre la pollution par la circulation alternée.
«Je me demande ce qui est pire, la pollution dans les rues ou se retrouver coincé là sardine parmi des sardines qui suent, toussent, se mouchent, t’écrasent les pieds et ne sentent pas toutes la rose...», dit l’un, la quarantaine bien mise des cadres de banque. «Mon pauvre Paul, je me demande comment tu peux supporter ça tous les matins», ajoute-t-il.
«Tu devrais prendre le métro plus souvent, mon cher Georges. Aujourd’hui, il est particulièrement chargé. A cause de la pollution, les réguliers comme moi doivent supporter les accros de la voiture comme toi qui ont des numéros pairs», répond son ami, qui arbore le même costume sombre, quelques années de plus et des cheveux en moins.
La rame de métro s’arrête dans le tunnel peu après avoir quitté la station Jussieu. Quelques minutes plus tard, elle redémarre pour atteindre les quais de Sully-Morland. L’arrêt se prolonge. La voix de la conductrice retentit:
«Mesdames et Messieurs, nous vous prions de patienter. Nous avons des problèmes de signalisation devant nous et nous devons rouler très lentement».
«Voilà autre chose», lâche Georges.
Le train redémarre, parcourt quelques centaines de mètres, s’arrête à nouveau dans le tunnel. Repart, stoppe à nouveau. En sens inverse, les rames défilent, presque vides.
«On a mis 40 minutes pour faire sept stations. Il est neuf heures cinq. Je suis déjà en retard et j’ai un rendez-vous dans dix minutes», rage Georges.
Paul essuie son front en sueur. «Moi, je devais voir mon chef de service à neuf heures. Je vais me faire secouer», dit-il.
«Il sera peut-être en retard lui aussi», tente de le rassurer Georges.
«Ça m’étonnerait, répond Paul. Il arrive toujours en avance, il vient en voiture et je suis sûr qu’il se fiche pas mal d’avoir la bonne plaque».
«Et bien, moi, je peux te dire que c’est bien la dernière fois que je fais acte de civisme dans un coup de ce genre. En plus, au moment où je sortais de chez moi, j’ai entendu à la radio que les voitures pairs n’auraient pas d’amende...».
La rame s’arrête à nouveau entre Châtelet et Pont Marie. Un silence lourd s’abat dans le wagon surpeuplé.
«C’est vraiment pas de chance. Pour une fois, j’aurais dû prendre ma voiture», murmure Paul.
«Tu as des plaques impairs?» sourcille Georges.
«Oui», avoue Paul.
«Tu sais quoi, enchaîne Georges, la prochaine fois qu’il y a pollution on prend la mienne les jours pairs et la tienne les jours impairs. Et, en attendant, on finit à pied. Allez, viens». (Reuter)


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef
À Verdun, un « sommet spirituel » pour préserver l’unité nationale... et donner un coup de pouce au pouvoir