Cette mesure sans précédent de «stationnement alterné» a été bien suivie, faisant chuter la pollution, avec un trafic en baisse de 15% intra-muros et de 35% sur les voies périphériques, selon les estimations officielles.
Pour donner l’exemple, le chef du gouvernement, Lionel Jospin, ainsi quatre autres ministres, dont l’écologiste Dominique Voynet, se sont rendus en voiture électrique au palais de l’Elysée pour la réunion hebdomadaire du cabinet.
Le premier ministre a échangé sa lourde Peugeot 605 grise contre une petite 106 deux portes électrique pour franchir la Seine et se rendre au conseil des ministres.
Le véhicule bleu vert, qui appartient au «pool» de voitures des services du premier ministre, était suivi par une Peugeot 806 à moteur GPL non polluant, occupée par les officiers de sécurité de Lionel Jospin.
Saxo, 106 et Clio électriques, les trois grandes marques françaises étaient représentées dans la cour du palais présidentiel. Dominique Voynet donnait évidemment l’exemple, tout comme Jean-Claude Gayssot (Transports), Claude Allègre (Education) et Ségolène Royal (Enseignement scolaire).
«J’ai trouvé que c’était silencieux. Ça glissait calmement et j’ai trouvé cela plutôt agréable», a dit Lionel Jospin. Mais le premier ministre, qui était assis à l’avant et sans ses officiers de sécurité, a souligné que le véhicule lui paraissait «un peu petit» et que ses gardes du corps «grognaient».
Mercredi 1er octobre étant un jour impair, seules les voitures dotées d’un numéro d’immatriculation impair étaient autorisées à circuler, avec quelques exceptions, y compris de gros polluants comme les taxis ou autobus publics.
Les autres véhicules ont été interdits de circulation à Paris et dans 22 communes limitrophes de 5h30 jusqu’à minuit. Les transports publics, ainsi que le stationnement résidentiel sur rue, étaient gratuits.
Un pis-aller
«Si tout se passe bien aujourd’hui avec la circulation alternée, quelque chose aura changé en France», a dit le ministre de l’Environnement Dominique Voynet au quotidien «Libération», tout en pensant que cette mesure n’est qu’«un pis-aller».
Après une brusque envolée mardi de la pollution au dioxyde d’azote, causée par les gaz d’échappement automobiles, elle avait déclenché ce plan qui n’avait jamais été appliqué depuis sa mise au point, fin 1996. Des procédures semblables existent à Milan ou Athènes.
Avec la persistance d’un temps chaud, et l’absence de vents, le niveau maximal — 3 — de la pollution avait été atteint, avec un pic de 442 microgrammes par mètre cube (ug/m3) de dioxyde d’azote (NO2).
Mercredi à 11h, les taux maximum en NO2 n’étaient plus que de 160 mcg par m3 d’air (ug/m3), et seul le seuil 1 d’alerte (200 ug/m3) ne devrait être atteint dans la journée, selon l’organisme de surveillance Airparif.
A la «une» de tous les médias, et sujet de toutes les conversations, la mesure choc édictée par les autorités a été bien respectée, avec un trafic routier qui a diminué de 15% intra-muros et de 35% sur la grande voie circulaire, le «périphérique».
Le préfet de police de Paris, Philippe Massoni, qui a annoncé ces chiffres, s’est félicité du «sens civique» des automobilistes et de «l’adhésion» à ces mesures. A Paris intra-muros, un million de trajets et trois millions de véhicules entrant ou sortant de la capitale sont comptabilisés chaque jour.
Un millier de policiers et de gendarmes CRS, déployés dans cent points de contrôle, avaient reçu des consignes de «clémence» à l’égard des automobilistes, à l’exception des «plus cyniques», selon M. Massoni.
Les contrevenants aux mesures s’exposent à des amendes de 900 francs (150 USD), mais plus que la distribution d’amendes, c’est surtout celles de 100.000 notices explicatives qui ont été entreprises.
Le secrétaire d’Etat à la Santé, Bernard Kouchner, est favorable à l’interdiction des autocars de tourisme dans Paris pour lutter contre la pollution de l’air.
«Expliquez-moi pourquoi les autocars viennent encore traverser Paris! A Florence, on arrête les touristes à la porte de la ville et on les transporte tranquillement dans des véhicules non polluants. On a commencé à le faire à Montmartre, mais il faut interdire les autocars dans tout Paris», souligne-t-il dans une interview au «Monde».
«Cela n’empêchera pas un seul touriste de venir, au contraire», ajoute Bernard Kouchner.
Il estime que la circulation alternée mise en place mercredi est «un vrai progrès de santé publique, non pas en termes de résultats immédiats mais en termes de sensibilisation des gens».
«Si nous pouvons prévenir des affections pulmonaires graves pour cet hiver et éviter des morts, nous aurons fait notre travail», conclut-il. (Reuter, AFP)


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