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Actualités - Analyse

AFFAIRE TOTAL: L EFFET NETANYAHU PAR RICOCHET


Incroyable mais vrai: la compagnie pétrolière Total, Jospin, et la Commission européenne défient les Etats-Unis et leur loi d’Amato, édictée urbi et orbi. Une loi qui prévoit des sanctions contre toute compagnie, de quelle nationalité qu’elle soit, qui traite hydrocarbures avec les Iraniens ou avec les Libyens pour plus de 40 millions de dollars par an. Après avoir pris l’avis, entendre le feu vert, des autorités françaises, Total frappe un grand coup et investit deux milliards de dollars dans un gisement de gaz en Iran. La compagnie prend une participation de 40% dans l’exploitation d’un off shore de 8.000 milliards de mètres cubes à Pars, sur le Golfe. Aussitôt le Département d’Etat se «penche sur le cas», regrette «que Total ait signé ce contrat» et affirme que «si l’enquête est concluante, nous appliquerons la loi».
«Américaine et en tant que telle, ne pouvant s’appliquer qu’aux Etats-Unis, non à l’ensemble de la planète» réplique immédiatement, avec une extrême fermeté, le premier ministre français Lionel Jospin. Il souligne que la Communauté économique européenne est solidaire de la France «parce que personne n’accepte l’idée que les Etats-Unis puissent faire passer leur loi à l’échelle mondiale».
Au premier et au troisième degré, Paris et l’Europe ont raison. Mais peut-être pas tout à fait au deuxième degré... Voyons un peu cela:
— Au premier degré, il est évident qu’en termes de loi, personne ne peut exporter son code propre de gré ou de force.
— Au deuxième degré cependant, on dépasse le cadre légal et même moral pour atteindre le fond du fond: le champ politique. A priori, et la démonstration en a été faite pendant la guerre du Golfe puis à Madrid, le monde, dit libre, reconnaît le leadership U.S., comme une nécessité régulatrice bien plus que comme une contrainte. S’il faut pour les alliés bénéficier de cette ombrelle, ils doivent logiquement en payer quelque part le prix, en termes de souveraineté. Surtout quand il s’agit de contribuer, comme les féaux jadis aux côtés de leurs suzerains, à une confrontation capitale pour Washington: la lutte contre la République islamique et les autres régimes taxés de totalitarisme «terroriste» comme la Libye, le Soudan ou Cuba. Aux yeux des Etats-Unis, il y a là une situation de bataille ouverte dans laquelle tout coup de canif des Occidentaux au contrat d’alliance équivaut à peu près à une trahison. Cette guerre froide étant une guerre tout court, et tout à fait totale — sans mauvais jeu de mot — Washington n’y admet aucune neutralité et considère que quiconque sur terre n’est pas à fond avec lui dans cette affaire est contre lui.
Et comme en politique, ce sont les rapports de force qui déterminent qui a tort ou qui a raison, on peut estimer que Paris a dérogé.
— Mais au troisième degré, et en respectant la même logique réaliste, on relève qu’en définitive, ces rapports de force ne sont justement plus ce qu’ils étaient il y a un an encore, surtout dans cette partie stratégique — et gazière — du monde. La France, et dans sa foulée l’Europe, paraissent aujourd’hui avoir mille fois raison de s’engouffrer dans une brèche inespérée, de vouloir tirer profit sans tarder de l’incommensurable perte d’autorité et de crédit des U.S.A. au Proche et au Moyen-Orient. Un affaiblissement catastrophique à plus d’un égard, pour la paix surtout, et qui tient tout entier au laxisme coupable voire complice, manifesté par Clinton à l’égard de Netanyahu, ce boute-feu, ce va-t-en guerre qui foule allègrement aux pieds Madrid et ses principes. Si le processus U.S. n’avait pas été aussi gravement compromis, par la faute d’une Administration démocrate qui n’a pas su juguler le trublion sioniste, jamais sans doute l’idée de faire ami-ami avec les Iraniens plutôt qu’avec les Américains n’aurait effleuré les Français, et probablement demain les Anglais eux-mêmes.
C’est comme l’histoire des nôtres avec Toufayli: quand on veut donner des ordres et faire la matamore, il faut que tout le monde sans exception y passe. Et un Netanyahu bien avant un Jospin. Sinon, on le voit bien, il y a comme un problème...


Jean ISSA
Incroyable mais vrai: la compagnie pétrolière Total, Jospin, et la Commission européenne défient les Etats-Unis et leur loi d’Amato, édictée urbi et orbi. Une loi qui prévoit des sanctions contre toute compagnie, de quelle nationalité qu’elle soit, qui traite hydrocarbures avec les Iraniens ou avec les Libyens pour plus de 40 millions de dollars par an. Après avoir pris l’avis, entendre le feu vert, des autorités françaises, Total frappe un grand coup et investit deux milliards de dollars dans un gisement de gaz en Iran. La compagnie prend une participation de 40% dans l’exploitation d’un off shore de 8.000 milliards de mètres cubes à Pars, sur le Golfe. Aussitôt le Département d’Etat se «penche sur le cas», regrette «que Total ait signé ce contrat» et affirme que «si l’enquête est concluante, nous...