Le pire est sans doute encore à venir dans les incendies qui ravagent l’Indonésie et couvrent l’ensemble de la région d’une chape de fumées toxiques et il faudra des mois, voire des années, pour éteindre tous les foyers, estime-t-on dans les milieux scientifiques spécialisés.
Si une légère amélioration dans la densité de la couverture de fumée qui s’étend des îles indiennes de l’océan Indien jusqu’aux Philippines était signalée dimanche à Djakarta, il est à craindre, estimaient les experts, que ce ne soit que temporaire et lié au déplacement de masses d’air surchauffées provoquant l’apparition de vents.
La conjugaison des feux saisonniers avec une sécheresse exceptionnelle, notent les experts tant indonésiens qu’étrangers, a, semble-t-il, permis aux incendies de s’étendre aux tourbières et zones de lignites.
«Pour éteindre ce type de feu, dit Patrice Levang, un expert agronome français, une petite pluie ne sert à rien. Le feu continuer à couver. Un souffle de vent et ça repart comme des brandons dans une cheminée».
Ces feux sont semblables, dit-il, à ceux des veines de charbon: c’est une combustion sans flamme mais qui dégage beaucoup de fumée, une fumée particulièrement chargée en particules solides et en produits chimiques toxiques pour les êtres vivants, notamment le monoxyde de carbone.
Le feu «respire»
Plus de quatorze ans après les grands incendies qui, en 1983-84, ont dévasté plus d’un million d’hectares au Kalimantan, les provinces indonésiennes de Borneo, plusieurs foyers subsistent toujours sous la terre, impossible à éteindre complètement comme a pu le constater l’AFP lors d’une visite il y a plusieurs mois, dans la région de Bukit Suharto, entre Balikpapan et Samarinda.
Des experts en incendies forestiers, notamment américains et allemands, qui participaient à cette visite organisée par le ministère indonésien de la Forêt, avaient alors confié leur impuissance.
Il faut soit inonder complètement et totalement le secteur soit contrôler l’approvisionnement en oxygène, ce qui est quasi impossible car le sol des tourbières n’est pas assez compacté et le feu «respire» à travers la terre, avaient alors expliqué ces spécialistes.
De 10 à 15% de la superficie du Kalimantan est recouverte de tourbes ou lignites qui sont le résultat d’accumulations de débris de forêts, de bois et de feuilles dont les matières organiques ne se sont pas décomposées, selon Levang.
Dans des régions à climat glacial, c’est le froid qui empêche les micro-organismes qui assurent cette décomposition de se développer. Dans les zones tropicales, c’est, indique-t-il, la pauvreté chimique des sols.
Ces sols sont peu fertiles et les forêts, souvent de type mangrove, qui les recouvrent ont mis des centaines d’années, voire des milliers, pour s’y développer.
Si elles sont coupées ou détruites, comme c’est actuellement systématiquement le cas dans le centre du Kalimantan pour laisser la place à des rizières ou des plantations, les sols, après une ou deux récoltes, sont impossible à régénérer et plus rien ne peut y pousser.
«C’est une véritable tragédie, dit Levang qui a passé des années dans ces régions du Kalimantan. Quand c’est sec, c’est tellement desséché que la réhydratation est très difficile et ça brûle pour un rien ou c’est très mouillé et alors ça devient une mer de boue». (AFP)


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