«Le nouveau Code constituera l’une des législations les plus contraignantes du genre en Europe», a averti lord Wakeham, le président de la Commission de surveillance de la presse chargé d’établir les nouvelles règles.
Exécutoires dans les meilleurs délais, elles étaient soumises pour approbation au comité de déontologie de la presse écrite présidé par sir David English, le rédacteur en chef du groupe Associated Newspapers qui chapeaute notamment le «Daily Mail», un tabloïde pur et dur.
«Les aménagements nombreux et radicaux» suggérés par la commission de surveillance, un organe d’autorégulation sans pouvoir de sanction, devraient se traduire par une stricte limitation de l’usage des clichés de paparazzi, la délimitation de zones d’exclusion pour la presse (aux domiciles de personnes privées, à l’église, au restaurant ou à la plage notamment qui constituaient des terrains de prédilection des chasseurs de scoops), et par un engagement à s’abstenir de toute intrusion dans la vie des enfants et adolescents.
Cette dernière disposition s’adressera en priorité à William et Harry, les princes orphelins de Diana aujourd’hui âgés de 15 et 12 ans. Mais les trois enfants du premier ministre Tony Blair en bénéficieront également, de même que les jeunes protagonistes de faits divers, ou encore les cancres chassés de leurs écoles primaires, régulièrement désignés, photos à l’appui, à la vindicte populaire.
Les mesures d’autodiscipline sont censées s’appliquer à la presse écrite. Mais ses auteurs entendent les voir élargies au réseau Internet et au secteur de l’audiovisuel.
Les journalistes devront s’abstenir de dévoiler la vie familiale, la santé, la correspondance de personnes privées. «A mes yeux, une personne dispose d’un droit légitime à la vie privée sur une place», a commenté lord Wakeham, en référence implicite aux multiples clichés volés de l’escapade amoureuse en Méditerranée de Diana et Dodi Fayed exposés en une tout au long de l’été.
Les patrons de presse ultra-puissants, et avec eux le gouvernement travailliste de Tony Blair, ont résisté aux pressions en vue de l’imposition d’une loi sur l’information, très vives après les critiques du comte Spencer, frère de Diana, contre les tabloïdes, accusés d’avoir «du sang sur les mains».
Ils ont en revanche accepté la nécessité d’une réglementation moins laxiste que la règle qui se contentait de stipuler: «l’intrusion dans la vie privée d’une personne sans son consentement n’est acceptable que si elle est faite dans l’intérêt du public».
Cette semaine encore, le rédacteur en chef du «Sunday Times» John Witherow insistait sur la nécessité de préserver «dans l’intérêt du public, la possibilité de dénoncer les malversations». Or, il se trouve que pris en flagrant délit d’infraction, les journaux ont presque toujours échappé aux sanctions, dans le passé, en invoquant ledit sacro-saint droit du public à l’information.
Au plus fort de l’émotion populaire provoquée par la mort de Diana, ils ont rivalisé de déclarations sur l’honneur s’engageant à coups d’éditoriaux à s’abstenir dorénavant de toute utilisation abusive d’images de paparazzi qui ont fait leur fortune dans le passé.
Pareil unanimisme n’en a pas moins été accueilli avec un certain scepticisme dans une industrie où la concurrence est féroce pour attirer la quarantaine de millions de Britanniques qui lisent chaque jour le journal.
Le risque de dérapage est d’autant plus grand que le code de bonne conduite, même renforcée, ne prévoit toujours aucune amende ni aucune pénalité pour les récalcitrants. (AFP)


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