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Actualités - Chronologie

A Moscou, le jazz enfin libéré

Loin des lumières de Broadway ou du Cotton Club, les jazzmen russes fêtent les 75 ans d’existence cahotique de leur musique, victime de la répression soviétique pendant des décennies avant d’être mise à l’écart par la course à l’audience des télévisions.
Le 1er octobre 1922, les premières notes de jazz retentissaient dans la jeune Union soviétique, lors d’un concert organisé à Moscou par un dandy russe ami de Cocteau et de Picasso, le danseur Valentin Parnakh.
C’est cet anniversaire que célébreront la semaine prochaine plusieurs générations de jazzmen russes, cousins malheureux des vedettes américaines, dont l’amour de la musique a survécu à toutes les péripéties politiques.
Quand le jazz a débarqué à Moscou, la révolution bolchévique encore enfiévrée autorise toutes les avant-gardes artistiques, et la musique noire américaine épouse une certaine joie de vivre retrouvée.
«Les années 20: la guerre civile était derrière nous, la vie était devenue plus légère et plus gaie», se souvient un des musiciens membre de l’orchestre de Parnakh, Akkadi Petrov.
Le succès rencontré par le jazz est inattendu. «Il y a eu à cette époque plus d’orchestres de jazz que partout ailleurs en Europe, et la musique était reconnue par le gouvernement. C’est en 1947 que tout a changé», explique le saxophoniste Alexei Kozlov.
Le jazz, pourtant bien indifférent à la politique, devient alors victime de la paranoïa de Staline, le dictateur soviétique qui ne dédaignait pas jusqu’alors assister à un concert de cette musique si exotique pour lui.
L’écrivain Maxime Gorki donne le ton en dénonçant cette «musique de bien portants». «Le jazz est devenu l’arme de l’ennemi, et nous sommes tous devenus des espions», résume M. Kozlov, aujourd’hui sexagénaire, à la barbe poivre et sel.

Persécution

Les musiciens subissent les petites et grandes persécutions d’un régime qui se contredit parfois lui-même. Iouri Saoulski reçoit un prix lors d’un festival musical au cours duquel, émerveillé, il partage pour la première fois l’estrade avec des invités américains. «Mais j’ai été interdit de travail pendant les deux années qui ont suivi», explique-t-il.
La musique est réhabilitée pendant le dégel initié par Nikita Khroutchev, à nouveau décriée sous Léonid Brejnev, avant de retrouver droit de cité avec Mikhaïl Gorbatchev.
«Le jazz a toujours été dans ce pays le baromètre du climat politique: autorisé quand les choses allait plutôt bien, attaqué dès que cela se gâtait», constate, désabusé, Iouri Saoulski.
C’est cette histoire unique que retracera lundi prochain, le temps d’un concert-événement, le vétéran du jazz russe Oleg Lundstrem, 81 ans, fier de diriger «le plus vieux big-band du monde» qu’il a fondé en 1934.
Ce vieux monsieur aux cheveux gris a conservé l’élégance impeccable de son idole de toujours, Duke Ellington, et un esprit pétillant.
«On assurait aux commissaires politiques qu’on ne jouait pas du jazz bourgeois, mais du jazz populaire, et on incluait dans notre musique des éléments folkloriques», se souvient-il.
Si leur liberté d’expression est aujourd’hui totale, les jazzmen souffrent de l’indifférence des médias actuels, qui leur préfèrent de loin la variété russe et internationale.
Les clubs de jazz ont fleuri ces dernières années à Moscou, et les écoles de jazz se multiplient en province, selon les musiciens. Mais les organisateurs du festival-anniversaire organisé du 28 septembre au 1er octobre ont eu tout le mal du monde à boucler leur programme, qui exclut toute vedette étrangère faute de moyens.
«Le show-business, comme ont dit, est vraiment un business qui fait gagner des millions de dollars. Mais le jazz, lui, ne rapporte pas d’argent», constate Oleg Lundstrem, avec un sourire qui laisse entendre que là n’est pas l’important. (AFP)
Loin des lumières de Broadway ou du Cotton Club, les jazzmen russes fêtent les 75 ans d’existence cahotique de leur musique, victime de la répression soviétique pendant des décennies avant d’être mise à l’écart par la course à l’audience des télévisions.Le 1er octobre 1922, les premières notes de jazz retentissaient dans la jeune Union soviétique, lors d’un concert organisé à Moscou par un dandy russe ami de Cocteau et de Picasso, le danseur Valentin Parnakh.C’est cet anniversaire que célébreront la semaine prochaine plusieurs générations de jazzmen russes, cousins malheureux des vedettes américaines, dont l’amour de la musique a survécu à toutes les péripéties politiques.Quand le jazz a débarqué à Moscou, la révolution bolchévique encore enfiévrée autorise toutes les avant-gardes...