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Actualités - Opinion

Dernier accord...

Ses nombreux admirateurs et amis l’attendaient pour un concert à la grotte de Jeita. Les mélomanes se faisaient déjà un bonheur de l’écouter dans le recueillement de ce lieu froid où ses arpèges liquescents auraient rivalisé avec le clapotis de l’eau glacée… Mais le destin en a décidé autrement. Walid Akl, maître du clavier, musicien internationalement reconnu, n’est plus. Il avait rendez-vous avec la mort, cette faucheuse injuste toujours révoltante… A Louveciennes, son fief depuis plus de trente ans d’où il sillonnait, tel un pèlerin de la paix la planète, et où il a vécu sept ans en tête à tête avec Haydn, Walid Akl recevait avec humilité les louanges dithyrambiques de la presse. Au hasard des extraits, qui permettent de juger l’importance de ses nombreux concerts, comme de ses derniers enregistrements, on cite volontiers ce commentaire sur l’une de ses réalisations majeures: «Il s’agit d’une intégrale quasiment absolue de l’œuvre pianistique de Haydn dont «Les sept dernières paroles du Christ» trouvent ici l’une de leur plus forte traduction. Ce jeune pianiste libanais, élève d’Yvonne Lefébure et de Jacques Février, possède une technique impeccable, doublée d’un toucher d’une redoutable nervosité. Il témoigne d’une incontestable personnalité musicale et défend ses options esthétiques avec ardeur, sincérité et distinction. Beaucoup de manuels et autres friandises trouvent, sous les doigts de Akl, leur meilleure traduction discographique. Son Haydn est familier, affable, volontiers espiègle mais toujours suprêmement organisé. Si Haydn tel qu’en lui-même vous touche alors Akl saura vous séduire…»
Installé à Paris depuis 1962, longtemps familier de la rue Malesherbes, retiré à Louveciennes mais toujours fidèle à sa terre natale qu’il revoyait régulièrement, en comblant de ses récitals les mordus de piano, enfant prodige de Mhaidssé, Walid Akl fit couler beaucoup d’encre. Renommée conquise dès ses dix-huit ans, quand, chavirante virtuosité, s’exerçait sur les partitions d’un cœur en écharpe comme Chopin ou sur les sonorités heurtées, emportées, des Russes à l’inspiration bouillonnante, comme Scriabine, Rachmaninoff, Borodine, ou Prokofief. Plus récemment, il nous fit cadeau des œuvres inédites d’un Nietzsche musicien. En toute simplicité Akl me confiait: «Je ne choisis pas la difficulté des morceaux mais leur beauté. Si j’ai toujours aimé le mélange de genre et de style, c’est que j’ai voulu faire ressortir les nuances et marquer les sensibilités. Pour moi interpréter c’est maîtriser autant que possible une œuvre pour transparaître à travers elle. Pour tout dire, la musique c’est la vie…»
Féru de Turner, amant du répertoire romantique, Walid Akl avait trouvé à Louveciennes, temple de l’impressionnisme pictural, quiétude et inspiration. Au pied de ce château construit par Madame du Barry, entouré par quelques arbres solitaires dans un jardin un peu en friche bordé par le rail d’un train que trouble régulièrement les grandes gerbes de notes bleues qui s’échappent d’un petit salon où trônent royalement deux pianos noirs à queue, Walid Akl, entre le silence de la campagne et la voix des musiciens disparus, était parfaitement chez lui… Pour un dernier salut, une ultime ovation, un suprême hommage, à ce musicien qui nous a donné tant de bonheur, nous garderons en mémoire cette «Marche funèbre» de Chopin qu’il interprétait avec gravité et fougue, nous donnant l’impression que par-delà le galop rapide des cavaliers d’enfer se déployaient les ailes soyeuses et protectrices d’un archange au sourire radieux…

— Boghos Gélalian: «Walid était un très bon ami. On pouvait discuter avec lui pendant des heures sans jamais s’ennuyer. Il était très cultivé dans son jeu qui a toujours été un jeu très aristocratique, racé, exécuté avec beaucoup de finesse. Je suis très ému par cette mauvaise nouvelle et je n’ai pas de mots pour traduire ce que j’éprouve en ce moment».

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— Billy Eidi: «C’est avec beaucoup d’émotion et de tristesse que j’apprends que Walid Akl nous a quittés. Pendant mes années d’études à Beyrouth, il faisait partie de ces pianistes libanais que nous admirions tous et dont on ne pouvait manquer aucune apparition en public. Nous étions touchés par sa sensibilité romantique et par sa poésie. Son nom restera à tout jamais lié au répertoire russe qu’il aimait tant et défendait avec talent et conviction. C’est un artiste qui respirait la musique. Walid avait un instinct musical très fort. Walid était un poète du piano».

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— Antoine Médawar: « C’est un des premiers grands pianistes libanais qui a eu un rang international. Chronologiquement, il a précédé tous les autres virtuoses libanais qui ont fait carrière à l’étranger et il servait un peu d’exemple à tous. Walid a accompagné la vie musicale libanaise dès le début. Il a d’ailleurs été une des fiertés du Liban dans ce domaine. Il était très attentif à tout ce qui se passait au Liban où il venait souvent. Chacun de ses passages à Beyrouth était une fête. C’est d’ailleurs le pianiste libanais de notoriété internationale qui est le plus souvent revenu au pays. Walid aimait travailler dans sa maison de Mhaidssé (Bickfaya). Il disait que nulle part ailleurs il était plus heureux que dans ce cadre. La «Maison du Futur» avait organisé pour lui plusieurs manifestations dont celui du l0e anniversaire de cette institution, où il a donné un concert à quatre mains avec Abdel Rahman el-Bacha qui est resté dans les mémoires tout comme cet inoubliable hymne national libanais interprété toujours par ces deux pianistes avec Jad Azkoul à la guitare et le trompettiste international Nassif Maalouf. Tous étaient venus de l’étranger pour ce concert. Par la suite, la C33 l’avait adopté comme générique».

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— Joe Letayf: «Ma relation avec Walid était souvent orageuse mais finissait toujours dans la bonne humeur. C’était là un signe de grande amitié. J’ai même signé des articles dans L’Orient-Le Jour sur ses récitals. J’ai souvenance d’une magnifique interprétation du Concerto Italien de Bach et personne ne peut oublier son cheval de bataille qui était les Tableaux d’une Exposition, de Moussorgsky et la Septième sonate de Prokofief. Entre deux prises de vue pour un récital, un jour, il a joué au piano une musique qui me semblait venir d’un autre monde, lorsque j’ai demandé quelle était cette très belle œuvre, il a répondu, c’est l’Andante de la sonate en fa majeur de Joseph Haydn, et c’est là, je crois qu’il a eu l’idée de graver l’intégrale de l’œuvre pianistique de Haydn».

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— Aimée Boulos: «Walid Akl était une nature passionnée, tourmentée, qui s’exprimait aussi bien par son physique que son interprétation à la fois émouvante et fougueuse. Je me suis sentie privilégiée d’avoir pu assister à ses répétitions et d’avoir vécu ses moments d’angoisse lors de ses multiples passages au Théâtre Maroun Naccache dans le cadre des récitals organisés par l’ALDEC. Je n’oublierai pas non plus l’intérêt qu’il portait au Liban et en particulier à la formation des jeunes pianistes libanais. Il avait offert spontanément d’organiser des leçons publiques de piano au théâtre même. Et je ne peux que me rappeler les visages fiers et heureux de ces jeunes qui jouaient devant lui, reprenaient et reprenaient encore les passages, attentifs à ses remarques, soucieux de donner ce qu’il attendait d’eux. Je l’ai revu cet été, il m’a longuement parlé de son intégrale de Haydn. Pourquoi a-t-il fallu qu’il en ait joué les dernières notes? Walid est peut-être parti. Mais qu’est ce que partir quand on laisse derrière soi une telle présence».

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— Mozart Chahine: «Les Libanais vieux et jeunes gardent le meilleur souvenir de Walid Akl et parlent souvent de lui parce qu’ils le voyaient souvent au Liban. Ce grand pianiste a gardé un attachement très fort pour son pays et le prouvait par ses fréquents passages plus ou moins longs. Il avait une joie de rentrer au pays que d’autres n’ont pas. Il avait beaucoup d’humour et une façon d’échanger avec les autres très particulière. Walid mettait une note de joie là où il passait, malgré son air réservé».q
Edgar DAVIDIAN
Ses nombreux admirateurs et amis l’attendaient pour un concert à la grotte de Jeita. Les mélomanes se faisaient déjà un bonheur de l’écouter dans le recueillement de ce lieu froid où ses arpèges liquescents auraient rivalisé avec le clapotis de l’eau glacée… Mais le destin en a décidé autrement. Walid Akl, maître du clavier, musicien internationalement reconnu, n’est plus. Il avait rendez-vous avec la mort, cette faucheuse injuste toujours révoltante… A Louveciennes, son fief depuis plus de trente ans d’où il sillonnait, tel un pèlerin de la paix la planète, et où il a vécu sept ans en tête à tête avec Haydn, Walid Akl recevait avec humilité les louanges dithyrambiques de la presse. Au hasard des extraits, qui permettent de juger l’importance de ses nombreux concerts, comme de ses derniers...