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Actualités - Reportage

Les mafias se fragmentent face à la répression


La mutation des organisations criminelles, l’explosion des productions, le potentiel de l’ex-bloc soviétique et l’usage amplifié des drogues de synthèse sont mis en évidence dans le rapport annuel de l’Observatoire géopolitique des drogues (OGD), rendu public jeudi à Paris.
L’édition 1995-96 de ce document (265 pages) met en lumière la mutation de la criminalité liée à la drogue. Ainsi, dans de nombreux pays (Italie, Colombie, Birmanie, Pakistan...), les grandes mafias ont fait place à des organisations plus éclatées et à des entrepreneurs individuels, selon cette association française, bénéficiant de l’assistance de l’Union européenne.
Beaucoup mieux coordonnée au niveau international, la répression a pris pour cible la criminalité la plus visible, souligne l’OGD.
Le cartel de Medellin, démantelé après la mort de Pablo Escobar en 1993, celui de Cali, la Cosa Nostra, contrainte de changer de stratégie, l’organisation dirigée en Birmanie par Khun Sa, ont été victimes des organismes internationaux de lutte contre la drogue et des polices nationales. «Mafias» turques et triades chinoises ont également été atteintes.
Mais les grandes organisations, estimant que les structures décentralisées étaient beaucoup moins vulnérables, ont elles-mêmes entamé un processus de reconversion. Bon nombre d’entre elles privilégient désormais «les réseaux courts et fragmentés».
La communauté des Etats indépendants (CEI, rassemblant 12 des 15 ex-républiques soviétiques) a pour sa part parcouru le chemin inverse, comme en témoignent l’exécution d’étudiants et de «narcotouristes» jusque-là tolérés dans la vallée de la Tchou, ou l’élimination par la police de quelques clans azéris ou caucasiens, en liaison avec des bouleversements politiques dans leur région d’origine.

Changements

Après avoir «testé les routes» avec le trafic de haschisch et de marijuana, les grandes structures mafieuses de la CEI ayant exploité la multiplication des conflits locaux et la libéralisation brutale des économies se sont investies dans celui des drogues dures, en particulier la cocaïne.
En Yougoslavie et dans l’ensemble des Baklans, souligne par ailleurs l’OGD, la paix précaire a favorisé la reconversion des «seigneurs de la guerre» dans le trafic des drogues. Et, «en relation avec la CEI et les Balkans», les pays d’Europe centrale constituent soit le ventre mou (Ukraine, Pologne, Roumanie), soit la dernière ligne de défense avant l’espace Schengen (République tchèque, Hongrie).
Au sein de cet espace, l’un des deux principaux marchés de consommation avec les Etats-Unis, «c’est sans doute dans le domaine de la lutte contre la drogue que l’homogénéisation, non des législations mais des pratiques, sera la plus longue», estiment les auteurs du rapport.
En Europe occidentale, la situation connaît de profonds changements. Ces mutations concernent en premier lieu l’introduction sur le marché de drogues de synthèse, de la famille des amphétamines, dont la France est le plus grand producteur mondial «légal», des hallucinogènes ou bien émanant de produits médicamenteux.
Pour des raisons historiques et géographiques, l’Espagne demeure la tête de pont du trafic de cocaïne provenant d’Amérique latine et de celui de haschisch venu du Maroc.
Afin de répondre à la croissance ininterrompue de la demande, de nouvelles zones de production, cocaïer en Géorgie, pavot en Colombie ou cannabis en Afrique sub-saharienne, ont vu le jour. Jusqu’alors essentiellement issu de Birmanie et d’Afghanistan, l’opium se développe dans les pays d’Asie centrale, dans le Caucase et les Balkans.
Quant aux surfaces consacrées à la culture du cannabis, elles sont passées au Maroc de 30.000 hectares en 1988 à plus de 70.000 hectares en 1996. De quoi produire plus de 2.000 tonnes de haschisch. ( AFP)
La mutation des organisations criminelles, l’explosion des productions, le potentiel de l’ex-bloc soviétique et l’usage amplifié des drogues de synthèse sont mis en évidence dans le rapport annuel de l’Observatoire géopolitique des drogues (OGD), rendu public jeudi à Paris.L’édition 1995-96 de ce document (265 pages) met en lumière la mutation de la criminalité liée à la drogue. Ainsi, dans de nombreux pays (Italie, Colombie, Birmanie, Pakistan...), les grandes mafias ont fait place à des organisations plus éclatées et à des entrepreneurs individuels, selon cette association française, bénéficiant de l’assistance de l’Union européenne.Beaucoup mieux coordonnée au niveau international, la répression a pris pour cible la criminalité la plus visible, souligne l’OGD.Le cartel de Medellin, démantelé...