En 1951, Albert Camus le qualifiait de «plus grand écrivain» américain, «le seul, à mon avis, qui ait sa place dans la grande tradition littéraire (américaine) du XIXe siècle, l’un des rares créateurs de l’Occident».
Comme le souligne Michel Mohrt, «sa vie a été un long combat contre le mauvais sort, les conditions médiocres dans lesquelles vivait son pays, vaincu et humilié, ce Sud profond qu’il a peint dans son œuvre».
William Faulkner a consacré son œuvre à son «timbre-poste de terre natale» ce territoire imaginaire dont il est l’«unique possesseur et propriétaire»: le Yoknapatwpha County et une ville, Jefferson. Dans «La Ville», écrit-il, «vous vous retournez, et abaissant vos regards, vous embrassez tout le Yoknapatwpha qui s’étend à vos pieds aux derniers feux du jour. Et vous demeurez là, maître solitaire, dominant la somme entière de votre vie qui se déroule sous ce vol incessant d’éphémères étincelles».
Son œuvre compte 25 romans, comme «Le Bruit et la fureur», «Tandis que j’agonise», «Sanctuaire», «Lumière d’août», une centaine de nouvelles, poèmes, essais, scénarios...
«Atmosphère de mystère, poids du “fatum”» soulignent ses critiques. Son univers: la guerre et la décadence, le Sud, les Noirs, une sexualité obsédante et coupable. Des thèmes servis par un style et une technique, à la fois réalistes et surréalistes, «comparés souvent au jeu d’une caméra saisissant les personnages et les situations sous des angles multiples et insolites».
Descendant d’une vieille famille aristocratique ruinée par la guerre, il est élevé dans la nostalgie. Son arrière-grand-père William Clark Falkner, (bien Falkner), colonel dans l’armée confédérée, devient un modèle. Il s’engage dans l’aviation anglaise au Canada en 1918. Sa correspondance révèle un fils très attaché à sa mère, mais aussi la construction du mythe personnel. Il suit un entraînement de pilote, annonce avoir volé. Mais la guerre se termine avant que Faulkner ait pu obtenir son brevet de pilote.
Dix ans durant, il accumule, sans succès, œuvres et métiers — peintre, plongeur, vendeur en librairie... 1929 marque un tournant, avec «Sartoris» et «Le Bruit et la fureur». Il se fixe définitivement à Oxford. Matin: écriture, après-midi: agriculture et élevage. Une vie «violemment sédentaire».
Il publie «Lumière d’août», «Absalon, absalon» dans lequel un héros dit: «On n’échappe pas au Sud, on ne guérit pas de son passé», «Sanctuaire», qu’André Malraux définit comme «une intrusion de la tragédie grecque dans le roman policier».
En 1942, il avoue n’avoir pu payer son épicier depuis trois mois. A cette époque, il signe avec la Warner Bros, descend dans les «mines de sel», devient un galérien du script. Il est le coscénariste de Howard Hawks sur cinq films, notamment «Le Grand sommeil» et «Le Port de l’angoisse».
Alcoolique, déprimé, il passe son temps à se déchirer avec sa femme.
En 1950, le Nobel le consacre internationalement. Dans son discours, Faulkner affirme: «Je pense que cette récompense n’a pas été donnée à l’homme mais qu’elle va à l’œuvre d’une vie passée dans l’agonie et la sueur de l’esprit humain, non pour la gloire et encore moins pour le profit, mais pour créer quelque chose à partir des matériaux de l’esprit humain».
Petit, très droit, il était vêtu avec une élégance très oxfordienne, d’une veste de tweed et d’un pantalon de flanelle, se souvient Michel Mohrt, lors d’un passage à Paris de Faulkner qui devient ambassadeur itinérant de la culture américaine.
Le 6 juillet 1962, il meurt, souhaitant que l’histoire de sa vie figure «dans la même phrase qui sera à la fois (son) acte de décès et (son) épitaphe: il a écrit des livres et il est mort». (AFP)

