La Turquie a été condamnée jeudi à Strasbourg par la Cour européenne des droits de l’homme à verser 25.000 livres sterling (environ 40.000 dollars) de dommages à une femme kurde torturée et violée par les gendarmes à l’âge de 17 ans.
La cour a stigmatisé «l’extrême violation» de la Convention européenne des droits de l’homme par la Turquie et a accordé à cette femme, Mme Sukran Aydin, aujourd’hui âgée de 21 ans, l’essentiel des frais et dépens qu’elle réclamait.
La jeune fille, qui vivait à Tasit, non loin de Derik (sud-est de la Turquie), avait été arrêtée par les gendarmes qui enquêtaient dans sa famille au sujet de visites qu’elle aurait reçues du PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan).
Sukran Aydin avait été emmenée les yeux bandés à la gendarmerie, puis elle avait été battue, déshabillée, placée dans un pneu et arrosée avec de puissants jets d’eau par les gendarmes. Elle avait ensuite été violée dans une pièce voisine par un membre des forces de sécurité. Elle fut relâchée deux jours plus tard.
Le gouvernement turc a plaidé que les faits avaient été «inventés», mais la Commission européenne des droits de l’homme a établi les preuves de ces tortures après une enquête approfondie.
La cour a souligné dans son arrêt que le viol d’un détenu par un agent de l’Etat doit être considéré comme «une forme particulièrement grave et odieuse de mauvais traitements laissant chez la victime des blessures psychologiques profondes».
La jeune fille a en outre été soumise pendant sa détention à «une série d’expériences terrifiantes et humiliantes», les yeux bandés.
Selon la cour, «l’ensemble des actes de violence physique et mentale commis sur la personne de la requérante et le viol, qui revêt un caractère particulièrement cruel, sont constitutifs de tortures interdites par l’article 3 de la convention».
Les faits se sont produits alors que des troubles graves faisaient rage dans le sud-est de la Turquie entre les forces de sécurité et les séparatistes du PKK. Dix des onze provinces de cette région étaient soumises à l’état d’urgence depuis 1987. (AFP).


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