Le secrétaire au Foreign office Robin Cook rencontrera son homologue séoudien à New York, en marge de l’assemblée générale de l’ONU, pour tenter d’éviter la décapitation à Deborah Parry et 500 coups de fouet à sa compatriote Lucille McLaughlan, coaccusée de meurtre.
Le dossier, par nature délicat, est encore compliqué du fait de la croisade engagée par le gouvernement travailliste en faveur d’une «diplomatie éthique» qui a jusqu’ici singulièrement épargné l’Arabie Séoudite, gros client de l’industrie britannique. Bien que le royaume reste dans le collimateur de nombreux groupes de défense des droits de l’homme.
Robin Cook a donné le ton en condamnant mardi comme «totalement inacceptable dans le monde moderne» la condamnation à la flagellation infligée à Lucille McLaughlan. Il a aussi fait valoir que l’opinion publique britannique rejetait par avance toute éventuelle condamnation à mort de Deborah Parry, dont le sort demeurait mercredi grandement incertain.
La mobilisation n’est pas sans précédent. En 1980, une virulente campagne de presse, accompagnée de pressions diplomatiques, avait permis d’éviter la bastonnade à un chirurgien britannique et à son épouse — Richard et Penelope Arnot — condamnés par un tribunal séoudien pour leur participation à une soirée arrosée d’alcool au cours de laquelle une infirmière britannique et son compagnon hollandais s’étaient tués en tombant d’un balcon.
Le ton ferme mais relativement mesuré du chef de la diplomatie britannique contraste avec le déchaînement de la presse, parfois caricaturale dans ses appels manichéens à faire triompher le droit occidental contre «l’obscurantisme islamique».
«Empêche ça Tony. Ne les laisse pas décapiter Debbie» titrait ainsi «The Mirror» en qualifiant de «totalement barbare» la flagellation et en dépeignant, à l’instar de la plupart des autres médias, l’Arabie Séoudite comme un pays «plus arriéré» et plus «répressif» encore que l’Iran des mollahs.
«The Independent» n’hésitait pas à présenter le jugement attendu contre Deborah Parry comme une confrontation entre «justice islamique et valeurs occidentales».
Quant au «Daily Telegraph», il encourageait les travaillistes à faire montre de persuasion plutôt que de recourir aux menaces, afin d’empêcher que deux infirmières ne «deviennent les premières victimes de la diplomatie (britannique) à composante éthique».
Les relations anglo-séoudiennes sont aujourd’hui surtout caractérisées par un commerce excédentaire. Londres a bénéficié au cours du premier semestre de cette année d’une envolée de 50 pc des exportations qui devraient atteindre sur l’année 3 milliards de livres (4,8 milliards de dollars).
Mais le marché séoudien demeure aléatoire. La bourse de Londres a manifesté mercredi sa nervosité, en enregistrant une chute de la cote des entreprises britanniques d’armement qui fournissent notamment chars et avions à l’Arabie Séoudite.
Plusieurs contrats dans ce secteur avaient été remis en cause début 1996 par le régime de Riyad, excédé par l’impuissance du gouvernement de John Major à surmonter les obstacles juridiques à l’expulsion de l’opposant séoudien Mohammed al-Masaari, réfugié en Grande-Bretagne, comme nombre d’autres adversaires des régimes forts moyen-orientaux.
Plus récemment, la famille royale séoudienne a peu apprécié le jugement par contumace à Londres de la sœur du roi Fahd accusée d’avoir maltraité trois servantes philippines.
En 1980, une affaire d’apparence anodine avait dégénéré en crise diplomatique, après la diffusion à la télévision britannique d’une dramatique considérée par Riyad comme «une attaque sans scrupule contre l’Islam et ses 600 millions de fidèles». Le film retraçait l’histoire véridique d’une princesse séoudienne et de son amant roturier exécutés — elle par balle et lui par décapitation — pour avoir enfreint les règles coutumières. (AFP)


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