Dans la nuit tropicale, la 100e fusée Ariane s’est élancée bien droite avant de s’incliner pour continuer à grimper au-dessus de l’Atlantique, laissant sous elle les îles du Salut et l’ancien bagne français, avant d’amener son seul et unique passager, le satellite Intelsat-803 vers son orbite.
Le ciel, d’une clarté exceptionnelle et constellé d’étoiles, a permis de suivre l’ascension de la 100e Ariane jusqu’à l’allumage du troisième étage, soit pendant cinq minutes et cinquante secondes, la fusée devenant peu à peu un point de plus en plus petit et moins brillant que les étoiles. Cette Ariane historique est partie à l’ouverture même de la fenêtre de tir mardi à 20h58, heure de Kourou (23h58 GMT).
La séparation entre Intelsat-803 et sa fusée porteuse a eu lieu, presque à la verticale de Libreville, à 7.000 kilomètres de là, hors de portée des regards un peu anxieux de tous les «grands anciens» du programme, réunis pour l’occasion au Centre spatial guyanais, à Kourou.
Pour ces observateurs, qui ont fait Ariane, l’ont lancé des dizaines de fois après en avoir fait autant des fusées Pierres précieuses dans le ciel saharien d’Hammaguir, puis, d’ici, des Diamant et Diamant BP4, l’enthousiasme était le même, la passion renouvelée. Replongés dans l’ambiance, ils avaient le même œil attentif à toutes les phases du vol, écoutant «la musique» des six moteurs Viking du premier étage de leur «centième fille».
Ils y étaient, une fois de plus, comme s’ils se trouvaient encore derrière les pupitres de commandes. «On ne se refait pas, dira l’un d’eux. L’espace, les lanceurs..., quand on y a baigné on ne l’oublie jamais».
Sur le site voisin de Colibri, dix-sept jeunes Européennes prénommées Ariane, conviées à assister à ce lancement historique par l’Agence spatiale européenne (ESA), le Centre national d’études spatiales (CNES-France) et Arianespace, étaient présentes pour voir cette fusée qui, aujourd’hui, détient, face à ses concurrentes américaines, russes, chinoises et japonaises, près de 60% du marché des lancements de satellites.
«Ah bon, vous avez lancé une fusée? D’où cela? De Guyane? Où est-ce? Voilà ce que je me suis entendu dire par des Américains de la NASA, lorsque je suis arrivé à Washington pour vendre Ariane à l’Organisation internationale de télécommunications par satellite!», se souvient encore Raymond Orye, qui fut directeur du programme Ariane à l’ESA. «Il fallait le supporter, mais nous avons réussi... la preuve, le seizième Intelsat vient de partir!».
Tous, à des dégrés divers, ont écrit l’histoire d’Ariane. Les anecdotes foisonnent, les souvenirs des bons et des mauvais moments reviennent. Bien sûr, il y eut les échecs — sept sur les Ariane des quatre premières générations, plus celui de la première Ariane-5, le 4 juin 1996 —, «mais ils nous ont appris à travailler avec plus de rigueur, de méthode, à tout vérifier, toujours», reconnaît Hubert Palmiéri, à la carrière spatiale bien remplie, au CNES et à Airanespace.
Tous, aujourd’hui, ont les yeux fixés sur Ariane-5, dont le deuxième tir pourrait avoir lieu, au plus tôt, le 21 ou le 28 octobre, si les propositions du Centre spatial guyanais sont suivies. Techniquement, elle sera prête samedi. Décision le 25 septembre. (AFP)


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