Il faut, bien évidemment,
aller à l’école. Elle existe: c’est l’Académie de tauromachie de San Diego, en
Californie.
Il n’y a pas le moindre taureau dans cette affaire, mais la flambant neuve Académie de tauromachie de Californie doit déjà combattre, avec une égale bravoure, des détracteurs qui l’accusent de faire la promotion d’une activité illégale.
L’unique école taurine des Etats-Unis est née en mai dernier à San Diego, ville riche de tradition latine et qui a toujours fourni en jeunes diestros (toreros) les plazas de Tijuana, métropole mexicaine, de l’autre côté de la frontière.
Pour la modique somme de 500 dollars, les deux cofondateurs, Peter Romboldt et Coleman Cooney, âgés respectivement de 58 et 40 ans, enseignent le B.A BA de la technique de l’art taurin dit de salon, avec ces trois outils indispensables que sont la cape, la muleta et une paire de fausses cornes. En l’occurence, le «salon» n’est autre qu’un parc public de la ville.
«Nous entraînons de manière classique», dit Cooney, alors qu’une élève «torée» avec une cape, bien sûr jaune et rouge, les charges du «toro» dont le rôle est tenu par son compère Romboldt, courbé et brandissant devant lui les fameuses fausses cornes. Une nuée de gamins, venus là pour jouer au football, paraissent émerveillés.
Offrir aux Américains l’occasion d’approfondir leurs connaissances sur l’art taurin, jusqu’à faire d’eux des «aficionados exercés», est l’un des objectifs de l’académie qui a mis à son programme des analyses de vidéos taurines, des voyages au Mexique pour assister à des corridas et une préparation physique.
Mais il y a un hic, la tauromachie, dont la pratique et la promotion sont interdites dans l’Etat de Californie, réveille des passions violentes et dans ce contexte, l’Académie Romboldt-Cooney ne pouvait pas échapper à la vindicte, surtout depuis que deux des premiers élèves ont passé l’examen final... face à une vachette de location, qu’ils ont toréée dans un ranch de Tecate, au Mexique. Sans mise à mort, cela va de soi.
La campagne antitaurine est menée par la très distinguée Humane Society de San Diego, qui accuse l’académie de cruauté envers les animaux, bien qu’elle n’en ait jamais utilisé en territoire américain.
Très cher
«Nous voulons que soit respectée la loi de l’Etat qui interdit la tauromachie et la promotion de la tauromachie», déclare Sally Buckalew, directeur des relations communautaires de la Humane Society. «Nous voulons la fermeture de l’académie», martèle-t-il.
C’est maintenant aux services du procureur du district de dire la loi, sans la moindre jurisprudence en la matière.
«Si nous devons aller devant les tribunaux, nous gagnerons», affirme Cooney, pour qui ça n’a pas de sens d’interdire que des élèves s’entraînent aux Etats-Unis uniquement parce qu’ils pourraient mettre leur science en pratique dans un autre pays.
Les fondateurs de l’académie et les élèves invoquent le droit à la liberté d’expression inscrit dans la constitution américaine.
Sally Buckalew est bien d’accord là-dessus, mais «lorsque cela n’enfreint pas la liberté d’autrui».
Romboldt, qui, une fois passé la frontière mexicaine, est connu sous le pseudonyme de Pedro Romero, a à son actif vingt-neuf ans de carrière dans le «toreo» actif, en tant que torero à plein titre. Il a été matador de 39 toros et il ne cache pas qu’il aimerait bien qu’un de ses élèves suive ses traces, tout en confessant qu’il s’agit d’un «passe-temps très cher».
Son meilleur élève est... une élève. Elle s’appelle Tricia Slane. Elle a 23 ans. C’est une jeune actrice, qui a un rôle dans «Titanic», le film le plus attendu de l’année. Tricia a déjà connu la sensation d’être face à une vachette, mais elle veut aller plus loin. Pourquoi pas jusqu’à devoir choisir un jour ou l’autre entre les deux carrières?...
Un article publié dans un journal local est à l’origine de la bataille engagée contre l’académie. Aujourd’hui, cette dernière est passée pratiquement dans la clandestinité, en attendant que maîtres et élèves trouvent un lieu qui puisse leur permettre de poursuivre leurs cours en toute liberté.
Dans l’immédiat, Romboldt et Cooney n’ont pas à se plaindre. Sans avoir engagé de grandes sommes pour sa publicité, leur projet s’est fait connaître en peu de mois dans tous les Etats-Unis. (AFP)


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