L’humidité, la pollution, la surpopulation, le manque d’argent et d’intérêt expliquent la dégradation du patrimoine tandis que la capitale vietnamienne, pressée de montrer que l’ère moderne est enfin arrivée, est par ailleurs livrée aux marteaux-piqueurs.
Le vieux quartier des 36 rues, qui abritait autrefois autant de corporations et de guildes (rue du Coton, rue des Orfèvres), est envahi de nouvelles constructions hideuses aux matériaux bon marché. Plus au sud l’ancien quartier colonial commence à se hérisser de tours futuristes qui abriteront bientôt hôtels luxueux et sièges de compagnies étrangères.
La plupart des habitations du quartier grouillant et commerçant des 36 rues, près du lac Hoan Kiem, sont des maisons-tube. «Mais la majorité a été défigurée», explique Nguyen Truc Luyen, président de l’Union des architectes du Vietnam, ajoutant! «Il n’y en a plus qu’une vingtaine qui conservent leur architecture originale».
Ces maisons, dont certaines datent du début du siècle et qui peuvent faire deux mètres de large pour une centaine de long, abritent parfois sept familles, contre une seule à l’origine. Le quartier s’asphyxie avec la surpopulation, chaque habitant dispose de 1,5 mètre carré.
«Les résidents se sont enrichis, ils ajoutent des étages, élargissent la maison, comblent les cours prévues pour laisser pénétrer le soleil», déplore l’architecte.
«Cent pour cent des nouvelles constructions dans les 36 rues sont illégales et même quand les habitants ont des permis de construire, ils ne les respectent pas», remarque Ha Van Que, assistant de l’architecte en chef de Hanoï.
Dans le quartier colonial, sur les quelque 250 villas classées le long de boulevards bordés de tamariniers et de flamboyants, seule une poignée a été restaurée. La quasi-totalité grâce aux fonds des ambassades ou des compagnies étrangères qui y ont élu domicile.
Urgence
Le patrimoine colonial représente une grande diversité de types – écoles, hôpitaux, musées, gare, banque – et de styles. «C’était une architecture coloniale française très spécifique à l’Indochine, conçue pour s’intégrer dans l’harmonie de la ville vietnamienne», rappelle M. Hoang Dao Kinh, directeur du Centre national de la préservation des monuments.
Au bureau de l’architecte en chef, M. Que admet qu’«il y a urgence». «Mais pour parler franchement, nous n’avons pas les moyens financiers. Pourtant cela fait dix ans que le gouvernement réfléchit à la préservation du patrimoine».
Pour M. Kinh, le manque d’argent est un faux prétexte. «Ce n’est pas une question financière, la politique de préservation n’est pas efficace, estime-t-il. Le quartier des 36 rues est comme un être vivant, il doit manger, respirer, il faut tenir compte des besoins des résidents», créer des emplois, en inciter certains à partir.
Les études menées avec la France, la Suède ou l’Australie n’ont guère abouti, même si certaines ont permis de sensibiliser les autorités vietnamiennes à la nécessité d’une vraie politique du patrimoine.
«La France avait promis de restaurer la bibliothèque nationale, mais rien n’a été fait», dit M. Que. «Les études étaient très avancées. On a laissé tomber quand les Vietnamiens nous ont dit qu’ils voulaient construire une tour de 11 étages», rétorque un expert familier du dossier.
Fleuron de l’architecture du début du siècle, l’Opéra de Hanoï est en train de subir un lifting de 17 millions de dollars financé par le Vietnam avant le sommet de la francophonie, en novembre.
«C’est colossal, c’est le plus gros chantier de rénovation d’un ouvrage colonial au Vietnam», explique M. Kinh. Mais, pour le patrimoine de Hanoï, c’est aussi le seul vrai chantier. (AFP)
Nouvelles constructions hideuses, aux matériaux bon marché: on se croirait dans le Beyrouth de la Belle époque moderne, signée... Comme elle Hanoï, la capitale vietnamienne au charme surannée, est en train de disparaître.Q


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef
À Verdun, un « sommet spirituel » pour préserver l’unité nationale... et donner un coup de pouce au pouvoir