Un incendie aussi grave que celui du massif de l’Etoile (sud de la France), qui a détruit cet été quelque 4.000 hectares de garrigues et de pins près de Marseille, constitue un traumatisme durable qu’une simple replantation ne suffira pas à effacer. L’idée selon laquelle un incendie permet une bonne régénération et participe au fonctionnement de l’écosystème n’est vraie que dans le cas d’incendies se déclarant tous les siècles ou les deux siècles, selon les experts.
Il n’en est pas de même dans le cas d’incendies fréquents.
Lorsqu’un feu «revient» tous les quatre ou cinq ans, crée un traumatisme dangereux et ne participe en aucun cas à l’équilibre permanent, notent-ils. «Lorsqu’un incendie est fréquent, il est très destructeur. Le territoire touché est alors en marche vers la désertification, la seule végétation qui repousse étant très combustible», explique un spécialiste, Yves Richer de Forges, directeur de l’Office national des forêts (ONF) pour la région Ile-de-France (centre).
Le choix
des essences
En France, les incendies les plus répétitifs, donc les plus dévastateurs, sont d’abord méridionaux, mais le développement des systèmes de surveillance et d’alerte a permis d’en limiter les effets ces dernières années. Des feux, en général rapidement maîtrisés, démarrent aussi très souvent dans une forêt aussi septentrionale que celle de Fontainebleau (60 kilomètres au sud de Paris), dont le sol sablonneux ne retient pas l’eau.
L’incendie éteint, les forestiers estiment qu’il ne faut pas se précipiter sur des solutions qui pourraient s’avérer pires que le mal. «Il faut d’abord sauver ce qui peut l’être», estime-t-on au ministère de l’Agriculture. On découpe, on écorce soigneusement et on vend. On coupe les feuillus, qui sont les premiers à repartir par les rejets de souches grâce aux pluies d’automne. Parfois, des îlots ont été sauvegardés, selon la nature de l’incendie. Les feux «courants», très rapides, restent au niveau du sol et sont moins dommageables.
Pour les chênes ou les pins, comme dans le cas du massif de l’Etoile, les forestiers vérifient si le cambium de l’arbre a été atteint. (Le cambium est l’assise génératrice annulaire des tiges et des racines qui donne naissance au bois). Si le cambium est brun, les cellules sont mortes et l’arbre aussi.
Se pose ensuite la question d’un éventuel reboisement. Il faut parfois mieux créer une coupure et encourager des cultures ou de l’élevage. Sur les terres brûlées du massif de Tanneron, les fraisiers ont fait merveille.
Si un réaménagement forestier est décidé, le choix des essences est alors déterminant, comme on le voit déjà dans le débat sur le massif de l’Etoile. La forêt peut être reconstituée à l’identique ou avec différentes espèces vivant en bonne entente. Dans le cas de l’Etoile, le ministère de l’Agriculture penche pour le pin d’Alep, le mieux adapté. Mais certains suggèrent déjà l’olivier, moins sensible au feu.
Près de Verdun, après la dévastation de la Première Guerre mondiale, on a planté des pins sous le couvert desquels ont pu se développer des hêtres et des chênes. Mais un réaménagement passe d’abord par la prévention: voies d’accès nouvelles, moyens d’observation et de lutte permanents comme des citernes enterrées. (AFP)


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