Depuis le 10 septembre, plus de 700 immigrés en situation irrégulière, en majorité de nationalité albanaise, ont été expulsés en application d’un décret signé le 31 août dernier par le président du Conseil de centre-gauche Romano Prodi.
Le gouvernement de centre-gauche, pressé par l’opposition de droite et une partie de l’opinion publique, est décidé à renvoyer chez eux, d’ici le 30 novembre, les quelque 3.000 clandestins albanais qui se trouvent en Italie.
La communauté albanaise, deuxième communauté étrangère derrière la communauté marocaine, compte au total près de 64.000 personnes, en situation régulière.
Les opérations spectaculaires, menées ces derniers jours par la police dans les quartiers populaires de Turin, Milan et Rome où plusieurs centaines d’immigrés de toutes nationalités ont été interpellés puis contrôlés, interviennent alors que la question de l’immigration avait enflammé le pays à la fin de l’été.
Des agressions sexuelles commises par des immigrés contre des jeunes femmes dans la station balnéaire de Rimini, sur la côte Adriatique, des bagarres entre bandes rivales de Marocains et de Tunisiens à Padoue qui avaient dégénéré en batailles rangées contre la police, ont réveillé les vieux démons racistes.
L’opposition de droite a réclamé des mesures exceptionnelles pour régler la question de l’immigration tandis que le mouvement sécessionniste de la Ligue du Nord a proposé d’envoyer les immigrés dans des camps de rétention et qualifié l’immigration de «cataclysme».
Le maillon faible
La question de l’immigration ne s’est pourtant jamais posée de façon aiguë en Italie où avec un peu plus d’un million d’immigrés, en situation régulière, la population étrangère représente moins de 2% de l’ensemble de la population.
En février dernier, le gouvernement a approuvé un projet de loi de caractère libéral en matière d’immigration. Le projet accorde aux immigrés le droit de voter et d’être candidat aux élections locales, à l’issue de six années de présence dans le pays, ce que la droite juge «démagogique». Le projet prévoit en outre d’établir un quota annuel d’immigration qui pourrait être de 150.000 personnes, selon les besoins recensés par l’administration.
Sur la question de l’immigration clandestine qui concerne environ 250.000 personnes selon les organisations caritatives, voire le double selon d’autres sources, le projet prévoit de durcir les procédures d’expulsion.
Actuellement, l’entrée clandestine en Italie n’est pas un délit pénal. Les clandestins interpellés disposent de quinze jours pour quitter le territoire italien et profitent souvent de ce délai pour disparaître dans la nature. Si les centaines d’Albanais, arrêtés ces derniers jours, sont immédiatement expulsés, c’est en vertu d’un accord spécifique signé entre Rome et Tirana.
Le projet de loi sur l’immigration qui représente un «instrument important pour combattre le racisme», selon son auteur, le ministre de la Solidarité sociale Livia Turco, est actuellement en discussion devant une commission du Parlement. Le président de la Chambre des députés, Luciano Violante l’a mis à l’ordre du jour en séance plénière des députés le 25 septembre et compte le faire adopter à la mi-octobre.
L’Italie doit adhérer le 27 octobre au traité de Schengen prévoyant la libre circulation des personnes.
Considérée comme le maillon faible de l’Europe en ce qui concerne l’immigration, les autres pays de l’espace Schengen ont demandé à l’Italie de renforcer sa lutte contre l’immigration clandestine afin que les immigrés en situation irrégulière ne puissent pas passer tranquillement vers la France ou l’Allemagne. (AFP)


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