Les rebelles et leurs sympathisants sont remontés dans les autocars qui les avaient conduits la semaine dernière à travers tout le pays vers Mexico. Certains emportent des jouets offerts par des habitants de la capitale pour leurs enfants, qui survivent dans la jungle lacandone où les rebelles de l’Armée zapatiste de libération nationale (EZLN) sont contraints à la clandestinité.
«Notre voyage fut un succès. Les manifestations de soutien nous ont surpris», a lancé le Camarade Obed, membre de la formation politique officiellement créée ce week-end par les zapatistes, le Front zapatiste de libération nationale (FZLN).
Tout au long du parcours, des milliers de Mexicains sont allés aux devants de la colonne zapatiste, grandissant à chaque étape avec l’arrivée de représentants d’autres communautés indiennes.
A Mexico, des milliers de personnes se sont mêlées aux zapatistes pendant quatre jours de congrès et de rassemblements publics réclamant du gouvernement mexicain la reconnaissance des droits des minorités indiennes du pays, condition sine qua non des guérilleros zapatistes à la conclusion d’un accord de paix avec le pouvoir.
Mais de nombreux observateurs doutent que les zapatistes parviendront à convertir dans la durée ces manifestations de soutien enthousiaste.
Les cérémonies de commémoration de l’indépendance mexicaine, lundi, ont attiré plus de monde sur le Zocale, la grande place du centre de Mexico, que n’avaient su le faire les zapatistes à leur arrivée, trois à quatre jours plus tôt.
Les problèmes d’organisation et le retard systématique des manifestations prévues par les zapatistes ont eux découragé certains de leurs plus ardents défenseurs.
Le pourrissement
Depuis l’apparition des zapatistes et de leur leader, le sous-commandant Marcos, le 1er janvier 1994, la situation mexicaine s’est largement modifiée. Et l’opinion publique, bienveillante à l’origine du mouvement zapatiste, s’est muée en une sorte d’indifférence sous le coup de nouveaux événements.
La crise du peso mexicain, en 1994-95, et les élections législatives de juillet dernier, qui ont vu le Parti révolutionnaire institutionnel (PRI) perdre sa majorité absolue à la Chambre des députés pour la première fois depuis 1929, expliquent en partie l’évolution des centres d’intérêt de l’opinion mexicaine.
Une porte de soutien sur laquelle le gouvernement mexicain fonde sa gestion de la crise chiapanèque.
«La stratégie du gouvernement fédéral face à ceux qui l’ont humilié en janvier 1994 est claire: à la confrontation directe, il préfère laisser les rebelles dans leur isolement au fond de la jungle», notait jeudi l’historien Lorenzo Meyer dans les colonnes du journal Reforma. (Reuter)


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