L’amiral Liu Huaqing, qui a pris sa retraite à l’issue du XVe congrès du PCC, n’a pas été remplacé par un gradé lors de la formation, vendredi, du nouveau comité permanent de sept membres, qui constitue l’élite du régime.
«Je ne suis pas choqué, mais étonné», a affirmé un expert occidental en questions militaires.
Ce cas de figure n’est pourtant pas inédit. Aucun représentant de l’Armée populaire de libération (APL) ne figurait dans le comité permanent issu du XIIIe congrès en 1987.
Mais à l’époque, l’homme fort du régime était un certain Deng Xiaoping, couvert du prestige des anciens de la Longue Marche (1934-35) et la guerre contre le Japon (1937-45).
Sans autre titre que celui du président de la commission militaire centrale, Deng contrôlait à l’époque tous les mouvements du personnel politique ainsi que les orientations du régime.
Or Deng est mort en février, et la commission militaire elle-même est depuis 1989 présidée par Jiang Zemin, le secrétaire général du PCC qui n’a aucun passé militaire à son actif.
«Les dirigeants chinois ont estimé qu’ils n’avaient pas besoin d’avoir un repésentant de l’APL au sein du comité permanent. C’est évident que désormais les militaires auront plus de mal à faire entendre leurs voix», a affirmé l’expert occidental.
Selon un observateur européen, le XVe congrès marque «la fin d’une époque ouverte à la fin des années 60, lorsque Mao Tsétoung a fait appel à l’armée pour remettre de l’ordre dans un pays mis sens dessus-dessous par la révolution culturelle».
Cette emprise a atteint son apogée au IXe congrès du PC en 1969, qui a nommé un bureau politique de 25 membres (titulaires et suppléants), dont 12 (soit 48%) étaient des gradés. Cette influence se voit cependant ébranlée à la suite du coup d’Etat avorté du maréchal Lin Biao contre Mao, en 1971.
Mais le véritable retrait des militaires de la vie politique ne date que des années 80, lorsque Deng Xiaoping les convainc de quitter le devant de la scène au profit d’hommes capables de conduire le programme de réformes économiques, dont un volet concerne la modernisation des armées.
Au XIIIe congrès de 1987, la présence des militaires se réduit à la portion congrue, avec un seul représentant parmi les 18 membres titulaires et suppléants du Politburo, le général Qin Jiwei.
Le «lobby militaire» opèrera cependant un retour en force après la répression du mouvement démocratique de la place Tiananmen, en 1989.
Deng Xiaoping, bien qu’officiellement à la retraite, devra encore peser de tout son poids pour mater le «clan des Yang», dirigé par le président de la République Yang Shangkun et son demi-frère le général Yang Baibing, forcés de quitter la commission militiaire centrale en cotobre 1992.
Yang Baibing, même s’il n’était plus en activité depuis cette époque, a cependant gardé une des deux places occupées par des personnes issues de l’APL (avec l’amiral Liu Huaqing) au sein du Bureau politique, jusqu’à sa retraite jeudi.
Maigre consolation, les deux militaires nommés vendredi au nouveau Bureau politique de 22 membres titulaires et deux suppléants — les généraux Zhang Wannian et Chi Haotian —, sont vice-présidents par ailleurs de la commission militaire centrale.
«La disparition des militaires de la commission permanente obéit aux équilibres nécessaires à une société de plus en plus complexe. Jiang renforce en outre son autorité, en devenant le seul lien entre l’APL et l’élite politique», a commenté un diplomate occidental.
«Tous les membres de la commission permanente sont à présent des technocrates en charge des réformes économiques ou de la lutte contre la corruption, deux dossiers prioritaires pour le gouvernement», a fait remarquer le diplomate.
«Ces priorités n’ont pas de quoi choquer l’armée, car une croissance économique rapide aurait aussi des retombées pour la modernisation du matériel militaire», a-t-il ajouté. (AFP)


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