Cet homme coquet, qui avait conservé sa prestance grâce à une pratique assidue du sport, fut un maître du kitsch, le créateur notamment de «Pacifico», «La polka des lampions», «Monsieur Carnaval», «La route fleurie» et quantité d’autres airs populaires.
Né le 8 février 1915 à Alexandrie (Egypte), Georges Guétary avait imposé le genre du séducteur latin («latin lover»), voix de miel et œil de velours, avec des titres comme «Bambino», «Ciao ciao, Bambina».
Début 96, à 81 ans, il avait fêté ses cinquante ans de métier en effectuant une rentrée parisienne au théâtre Bobino. L’octogénaire sémillant tenait encore 90 minutes sur scène sans fatigue apparente, reprenant pour un public de groupies aux cheveux bleutés ses grands succès comme «Je m’appelle Robin des Bois». «C’est la samba brésilienne», «La valse des regrets», et, pour la première fois, un medley de trois titres tirés de la musique de George Gershwin, «An American in Paris», le classique de Vincente Minelli (1950) dans lequel Georges Guétary fut le partenaire de Gene Kelly.
Il apparut à plusieurs reprises sur le grand écran, notamment dans «Le cavalier noir», «Les aventures de Casanova» et «Baron tzigane» (1954).
Arrivé à Paris en 1934 pour faire des études de commerce, il bifurque vers la musique — il avait étudié le solfège au Caire pendant douze ans — et fait ses débuts sur une scène parisienne en 1938 à l’Européen. Le tournant décisif de sa carrière, il le doit en devenant le partenaire de Mistinguett au Casino de Paris, comme «quadrille», «c’est-à-dire, disait-il, comme un des quatre gigolos de la Miss».
Ce sera ensuite le Châtelet, «temple» de l’opérette, où il reste neuf ans.
Ce charmeur s’était également produit sur les scènes à l’étranger, avec la revue «Bless the Bride» en 1947 à Londres et «Latin Quarter» (1949), à Broadway avec «Arms and the Girl» (1950). A New York, il obtiendra un «Tony Award» (les «Oscars» de la scène) de l’interprétation étrangère.
Après ce passage par l’Amérique, il retrouve la France et obtient un triomphe, aux côtés de Bourvil, dans «La route fleurie» (1951). Il se produit à l’Olympia en 1957, vend des millions de disques avec «Robin des Bois», «Honolulu», «Bambino», ces airs qui fleurent bon l’insouciance et la légèreté.
Georges Guétary eut une carrière d’une exceptionnelle longévité. Toute sa vie, il tint à donner de lui l’image d’un éternel jeune homme (il aura recours au postiche les années venant), sur lequel le temps ne semblait pas avoir prise.
Même s’il n’avait pas la voix d’un Luis Mariano, autre ambassadeur de l’opérette, Georges Guétary avait gardé d’exceptionnelles qualités vocales (ni tabac ni alcool) qui, à 81 ans, lui permettait encore d’interpréter a capella la «Valse des regrets» de Brahms.
Le chanteur attribuait sa bonne santé physique «à la pratique quotidienne de la natation et du volley-ball ainsi qu’à une heure journalière de travail de sa voix». Georges Guétary avait gardé le goût de la découverte des jeunes chanteurs. S’il n’appréciait guère Michael Jackson, il voyait en revanche en Madonna «l’héritière de Mistinguett», et avait dit de la «petite Vanessa Paradis (que si) elle a un bon producteur elle peut encore être vedette dans vingt ans». (AFP)


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