La Centrale américaine de renseignement (CIA) fête cette semaine son 50e anniversaire, mais peine à définir ses missions de l’après-guerre froide après la chute de son ennemi de toujours, l’Union Soviétique, que, pour beaucoup, elle n’avait pas prévue.
La CIA, qui connaît une période de «transition» et «un problème d’identité», s’interroge sur ses nouvelles missions, explique Helmut Sonnenfeldt, du Brookings Institution, centre d’analyse et de réflexion basé à Washington.
«Personne, à l’exception peut-être de (l’ancien président) Ronald Reagan, n’avait prédit la fin de l’Union Soviétique», ajoute cet expert des questions de renseignement.
La CIA a souvent été critiquée aux Etats-Unis pour ne pas avoir prévu l’effondrement de l’URSS, tout comme d’autres événements comme la chute du Chah d’Iran, en 1979, ou la guerre israélo-arabe de 1973.
Richard Betts, de l’université Columbia à New York, nuance le reproche en relevant que la centrale avait tout de même mis en évidence le «déclin économique» de l’Union Soviétique, sans toutefois en prévoir les «conséquences politiques».
Pourtant l’URSS est dans un sens à l’origine même de la création de la CIA, en septembre 1947. La période la plus dure de la guerre froide vient alors de s’ouvrir, avec Staline aux commandes au Kremlin, et les Américains ont besoin d’un organisme capable de centraliser et analyser tous les renseignements à leur disposition dans leur compétition avec Moscou.
Jusqu’à sa disparition fin 1991, l’Union Soviétique demeurera d’ailleurs «la préoccupation principale» de la centrale, même si elle ne fut pas la seule, relève Helmut Sonnenfeldt.
Pas de comptes à rendre
Les premières années de la CIA, parfois considérées comme les plus prospères sous la direction d’Allen Welsh Dulles (1953-1961), furent marquées par le développement de la surveillance de l’URSS, grâce notamment aux avions espions U-2, et par diverses entreprises de déstabilisation ou de renversement de régimes réputés hostiles aux Etats-Unis, comme celui de Mossadegh en Iran (1953).
C’est elle également qui, en 1962, avertit le président John Kennedy de l’installation de missiles soviétiques à Cuba, ce qui provoquera une crise internationale considérable.
La CIA peut se montrer d’autant plus active qu’elle n’a pas de comptes à rendre au public. Mais on lui reprochera son soutien à certaines opérations telles que la tentative de renversement du président cubain Fidel Castro, avec le débarquement d’anticastristes dans la baie des Cochons en 1961, ou le soutien à différents mouvements d’Amérique centrale.
Le Congrès se penche enfin sur les activités de la centrale en 1975. Deux ans plus tard, son directeur, Stansfield Turner, nommé par Jimmy Carter, congédie plusieurs centaines de membres de la CIA en raison de leurs agissements passés.
Ronald Reagan tentera dans les années 80 de donner un nouveau lustre à la centrale, mais le scandale de l’Irangate relatif à des ventes d’armes américaines à l’Iran et l’aide militaire aux «contras» antisandinistes au Nicaragua va ternir ces efforts.
Depuis le début des années 90, la CIA se cherche. Le moral du personnel a été sérieusement affaibli par la disparition de son adversaire, l’URSS, des réformes successives et les révélations sur l’agent double Aldrich Ames, condamné à la détention à perpétuité en 1994 pour avoir provoqué des dégâts énormes aux services américains de renseignement en URSS et en Russie.
Les réductions d’effectifs et la valse des directeurs — cinq en six ans — n’ont fait qu’accroître cette démoralisation.
L’arrestation au Pakistan de Mir Aimal Kansi, auteur d’une fusillade mortelle devant le quartier général de la CIA, en 1993, a toutefois mis un peu de baume au cœur des membres de la centrale.
Le nouveau directeur George Tenet, dont la nomination a été finalement confirmée par le Sénat en juillet, a une vaste tâche devant lui: redonner un nouvel élan à la centrale et la former aux nouveaux défis qui l’attendent, notamment la lutte contre le terrorisme, contre la drogue et contre la prolifération nucléaire. (AFP)


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