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Actualités - Chronologie

Un bosniaque sur trois exilé dans son propre pays

Certains réfugiés apercevront peut-être leur maison en venant voter sous escorte le jour des municipales, mais ils sont toujours 1,4 million à vivre en exil deux ans après la guerre: 1 Bosniaque sur 3.
Jajce, Gajevi, Stolac. Trois localités, trois faits divers politiques qui racontent pourquoi l’accord de paix n’a rien réglé, et comment la frustration des réfugiés pourrait réveiller le conflit.
Dans sept villages à majorité croate autour de Jajce (centre), le premier week-end d’août, des bandes de Croates menacent, terrorisent et chassent 500 musulmans qui venaient de se réinstaller dans leur ancien logis.
L’un d’entre eux, qui n’aura pas fui assez vite, sera retrouvé, cadavre calciné, dans les ruines de sa maison.
Emotion des organisations internationales, condamnations à l’étranger, des accords sont signés, quelques familles reprennent le chemin de Jajce. Le 19 août, deux musulmans perdent une jambe en sautant sur des mines antipersonnel dans leur jardin. Le message est passé: la communauté croate de la région ne veut pas du retour des musulmans.
Gajevi est un hameau côté musulman de la ligne de démarcation avec le territoire serbe, dans le Nord-Est. Les Serbes qui l’ont occupé pendant la guerre, ont dynamité toutes les maisons avant de se replier, à la bosniaque.
Les anciens habitants veulent quand même rentrer chez eux. L’ONU en fait un projet-pilote, annonce leur retour en fanfare. Bilan: un mort et plusieurs blessés en novembre, et en mars un pont saboté et une route minée, d’autres bagarres et la destruction au cocktail Molotov des maisons préfabriquées montées par les réfugiés. Les Serbes ne veulent plus de voisins musulmans.
Au Sud, près de Mostar, à Stolac, le second village-test de l’ONU, qui avait déclaré 1997 «année du retour des réfugiés» en Bosnie, même résistance violente de la communauté majoritaire croate au retour des DPs («dipiz», Displaced Persons) du jargon humanitaire.

Les causes du mal

Au fil des mois, l’ONU enregistre avec la même consternation l’histoire banale de cars de réfugiés lapidés et de musulmans battus ou chassés de Stolac, et, encore cette semaine, a dû suspendre l’opération.
Depuis la fin de la guerre en décembre 1995, 300.000 réfugiés sont rentrés en Bosnie, dont 27.000 seulement dans des zones où leur communauté est minoritaire, dont 700 seulement en Republika Srpska (serbe), un chiffre, reconnaît l’ONU, «pas très encourageant».
Les causes du mal sont identifiées: haines entre communautés après quatre ans d’un conflit sauvage pour la population civile, nationalisme de nombreux dirigeants qui veulent conserver les territoires ethniquement homogènes hérités de la guerre, lenteur de la reconstruction et du déminage.
Il y a surtout les tristes chaises musicales des Balkans. Les familles jetées sur les routes par la guerre se sont réinstallées au gré des conquêtes territoriales. Pour qu’un musulman réfugié à Sarajevo retourne dans sa maison de Stolac, il faut que le Croate qui s’y est installé puisse regagner sa maison de Brcko, où un Serbe attend de pouvoir retrouver son appartement de Sarajevo.
Les remèdes sont moins évidents. Les accords entre responsables locaux sont raremement appliqués, et les troupes de l’OTAN, qui ont eu à Jajce des face à face tendus avec des bandes de Croates haineux et excités par la bière, se souviennent encore de l’absence remarquée de la police croate.
L’ONU s’oriente plutôt vers l’incitation financière. Le projet Ville Ouverte lancé en mars prévoit une aide aux localités qui acceptent le retour des réfugiés. Mais trois seulement à ce jour (une croate, Busovaca, deux musulmanes, Konjic et Vogosca), ont obtenu le label. (AFP)
Certains réfugiés apercevront peut-être leur maison en venant voter sous escorte le jour des municipales, mais ils sont toujours 1,4 million à vivre en exil deux ans après la guerre: 1 Bosniaque sur 3.Jajce, Gajevi, Stolac. Trois localités, trois faits divers politiques qui racontent pourquoi l’accord de paix n’a rien réglé, et comment la frustration des réfugiés pourrait réveiller le conflit.Dans sept villages à majorité croate autour de Jajce (centre), le premier week-end d’août, des bandes de Croates menacent, terrorisent et chassent 500 musulmans qui venaient de se réinstaller dans leur ancien logis.L’un d’entre eux, qui n’aura pas fui assez vite, sera retrouvé, cadavre calciné, dans les ruines de sa maison.Emotion des organisations internationales, condamnations à l’étranger, des accords sont...