Elles peuvent être gâtées et invendables après un si long voyage mais pour Amjed Ibrahim, l’essentiel est d’avoir réussi à apporter ses tomates au marché de Naplouse, malgré le blocus israélien
Surmonter les conséquences du blocus est redevenu une épreuve quotidienne pour les Palestiniens de Cisjordanie, qui font de nouveau face aux sanctions israéliennes depuis un attentat dans lequel cinq Israéliens et trois kamikazes non identifiés ont trouvé la mort jeudi dernier à Jérusalem,
«L’important, c’est que j’ai gagné la bataille et que j’ai réussi à arriver au marché», affirme M. Ibrahim, 35 ans, assis à côté de ses tomates dans la vieille ville de Naplouse.
La plupart ne sont plus vendables étant donné qu’il lui a fallu deux jours pour arriver à contourner les barrages routiers israéliens et se rendre de son village jusqu’à Naplouse, 16 km plus loin.
Ibrahim a quitté Nasseriya, au nord-est de Naplouse, dimanche matin, avec 60 cartons de tomates récoltées dans son domaine. Mais les militaires israéliens postés à l’entrée de Naplouse l’ont obligé à faire demi-tour, en application du blocus des villes autonomes décrété par le gouvernement de Benjamin Netanyahu.
Il a essayé de nouveau lundi matin, et s’est heurté au même barrage. «J’ai alors décidé de passer quoi qu’il en coûte», raconte-t-il.
Ibrahim a conduit son camion dans un sentier aussi poussiéreux que tortueux, qui l’a emmené dans les collines autour de Naplouse, loin du poste israélien. Un pneu a éclaté et il a dû lui-même décharger toutes les caisses de tomates pour le réparer, avant de recharger son véhicule. Il a finalement réussi à passer.
Les ennuis d’Ibrahim sont ceux de milliers d’autres Palestiniens, pour qui le blocus est devenu familier. Il avait déjà été imposé par Israël après un attentat suicide à la bombe, le 30 juillet à Jérusalem-Ouest, dans lequel 15 Israéliens avaient été tués.
Tactique
Outre le blocus des villes autonomes, les Palestiniens sont confrontés au bouclage de la Cisjordanie et de la bande de Gaza qui leur interdit l’accès du territoire israélien ainsi que de Jérusalem-Est.
Israël estime que ces mesures sont nécessaires pour empêcher des kamikazes potentiels de venir perpétrer des attaques, et pour faire pression sur l’Autorité palestinienne de Yasser Arafat afin de la contraindre à réprimer les intégristes armés.
Mais justement en raison de la répétition de ces sanctions, beaucoup de Palestiniens ont trouvé les moyens de circuler en faisant de longs détours, à pied ou parfois même en voiture, par des chemins de traverse ou carrément par les champs.
Nasser Qassem, 29 ans, explique qu’il sait maintenant comment se rendre de son village d’Aboud, à 30 km au nord de Ramallah, jusque à l’école où il enseigne, dans la localité de Silwad, à 18 km à l’est de la ville autonome.
Il prend sa voiture jusqu’au barrage routier israélien à l’entrée de Ramallah, il la gare et, hors de la vue des militaires, il continue à pied en coupant par un champ voisin. Il rejoint alors une autre route où un ami l’attend avec un véhicule. De là, au lieu de prendre la voie normale de 18 km, coupée par l’armée, il fait un détour de 36 km par une nouvelle route construite par les Israéliens à l’usage des colons juifs.
«C’est plus long, plus compliqué mais au moins, je peux aller travailler», explique-t-il.
A Bethléem, un commerçant, Abou Ahmed, a utilisé son téléphone portable pour diriger le chauffeur d’un camion qui lui livrait des œufs de la ville de Hébron, plus au sud. Il lui a expliqué quels sentiers emprunter pour éviter les barrages routiers.
Mais le camion a été accidenté dans une voie secondaire non carrossable, et les deux hommes ont alors dû décharger — avec précaution — 160 cartons d’œufs pour les transporter dans un autre camion, à 300m de là. Ils ont pu rejoindre Bethléem. (AFP)


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