Elève de l’Ecole de danse et d’intégration sociale des enfants et des adolescents (Edisca) de Fortaleza (capitale de l’Etat du Ceara), Valeria est l’une des 258 filles âgées de 6 à 18 ans venues de familles très démunies qui apprennent le ballet classique et caressent le rêve de sortir de leur misère pour devenir danseuses étoiles.
Créée en 1991, «l’Edisca est un projet social qui, en enseignant la danse aux gamines des trois banlieues les plus misérables de Fortaleza, leur apprend également à respecter leur corps et à se respecter», explique la directrice, l’ancienne danseuse classique Dora Andrade, 38 ans.
«La danse est un moyen comme un autre d’aider ces filles sans aucune perspective à récupérer leur citoyenneté. Pour y être admises, elles doivent être obligatoirement inscrites à l’école publique, parce que notre travail est d’intégration sociale et de rééducation et non de simple loisir», ajoute Dora.
Et de répondre aux sceptiques qui considèrent cette école comme «une île de fantaisie»: «Ici les filles apprennent l’anglais, empruntent une moyenne de trois livres par mois dans notre bibliothèque de 1.500 titres et sont soignées par une équipe de médecins».
«Dans une ville qui bat les records nationaux de prostitution enfantine, ces filles se voient offrir une autre vision du monde et de leur propre personne. 99% des filles qui arrivent ici sont atteintes de verminose, de vaginite, sont anémiques et ont des caries, mais 100% d’entre elles veulent devenir grandes ballerines», précise-t-elle.
Un projet de coopération avec le gouvernement de l’Etat du Ceara est à l’étude actuellement. «Nous voulons faire en sorte que les filles puissent donner des cours de danse dans les écoles publiques, moyen idéal de professionnalisation», annonce Dora.
Avec le cœur
Menées par cinq professionnels et volontaires, les élèves de l’école présentent un ballet différent à la fin de chaque année.
«Nous montrons aux gens riches que les pauvres aussi peuvent avoir un don, une vocation et enchanter les cœurs en dansant merveilleusement bien sur scène», dit Véronica, 16 ans, élève de l’école depuis sa création, à la sortie d’un théâtre à Brasilia où elles ont été applaudies pendant cinq longues minutes la semaine dernière.
Baptisée «Jangurussu» du nom de la décharge publique de Fortaleza, leur dernière choréographie a déjà été présentée dans plusieurs villes du Brésil et c’est avec ce ballet que les élèves de l’Edisca ont été invitées à danser lors de la réunion des écoles d’art et d’éducation qui aura lieu au Portugal en octobre prochain.
Dans ce ballet, les jeunes ballerines montrent, en dansant, les conditions de vie et de survie des habitants de Jangurussu dont plusieurs d’entre elles viennent et où elles vivent avec leurs parents.
«Elles sont toutes très douées et elles dansent avec le cœur et une force de volonté incroyable. On sort de ce spectacle avec un sentiment d’espoir aussi lourd que notre poids sur la conscience», a témoigné un spectateur lors de leur dernière présentation à Brasilia.
En 1993 la troupe de danse de l’Edisca s’est produite à Vérone et à Venise (Italie), lors d’un festival organisé par un archevêque italien pour réunir des fonds pour la construction d’un hôpital public dans la banlieue de Fortaleza. (AFP)


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