Rechercher
Rechercher

Actualités - Chronologie

Les couples mixtes, proie facile de la violence sectaire en ulster

Le meurtre sectaire d’une jeune fille catholique, abattue il y a quelque temps chez son petit ami protestant, donne un exemple extrême de la difficulté qu’éprouvent les couples «mixtes» à trouver leur place dans une société nord-irlandaise profondément divisée.

Dans le village protestant d’Aghalee, au centre de la province, on cherche à comprendre pourquoi un tueur a fait irruption dans la maison de la famille Green et tiré à bout portant sur Bernadette Martin, 18 ans, que John Green, son hôte, considérait comme sa «propre fille».
«La confiance entre les deux communautés est en ruines», pense Dorothy Keegan, protestante d’une trentaine d’années. Secrétaire dans l’entreprise où Bernadette travaillait, elle a, comme elle, rencontré son conjoint catholique sur son lieu de travail.
«A l’usine, on sort les uns avec les autres, la religion ne compte pas», dit-elle. Pourtant, «nous avons dû quitter Portadown», ville protestante qui devient chaque été un point de confrontations lorsque les protestants défilent au cœur d’un quartier catholique.
«En juillet, dans notre rue, en plein centre- ville protestant, on ne nous adressait plus la parole», explique son mari Michaël. «La nuit, je veillais de peur que des jeunes lancent une brique par la fenêtre. Finalement nous avons déménagé pour nous installer en territoire neutre à la campagne», dit-il.
«Il est très rare qu’une fille soit abattue ainsi», s’étonne-t-il. «Un gars catholique ne pourrait pas vivre dans un lotissement protestant et vice versa, mais une fille a généralement moins de problèmes».
«C’est pour ça que notre fils Josuah», un an, «sera catholique», dit Dorothy. «S’il était protestant, son père ne pourrait l’accompagner nulle part».
«J’ai eu plus de chance que Bernadette Martin», estime Maria D., une catholique, mère de trois enfants issus d’un premier mariage avec un protestant. «Mes parents avaient eu beaucoup de mal à accepter de voir leur fille de seize ans partir habiter dans un fief loyaliste de Belfast», d’autant plus «qu’un de mes frères avait été abattu en 1974 par les milices protestantes» clandestines, simplement à cause de sa religion.
Aujourd’hui divorcée et remariée avec un catholique, elle habite une petite ville tranquille, au bord de la mer. Mais, issus des quartiers populaires de Belfast, où la ségrégation est de rigueur, ses enfants sont à jamais tiraillés entre deux traditions.
«D’école protestante en collège catholique», ils vivent une crise d’identité qui grignote leur avenir. «On peut se passer de religion, mais il est difficile de se passer de vie sociale», résume Maria.
Don, son fils aîné, ne fait qu’entrer et sortir de prison, pour vol à main armée ou voie de faits. Et selon ses compagnons de cellule, «il se fait appeler Millar, du nom de son père, ou D., comme son beau-père», raconte-t-elle.
Dans les milieux aisés, en revanche, où catholiques et protestants vivent plus souvent côte-à-côte, «on préfère parler du temps, du golf ou des vacances», dit Biran Fitzpatrick, historien à l’université d’Ulster, «mais politique et religion sont facilement des sujets tabous».
Un meurtre sectaire? «je ne veux pas en entendre parler», dit P., une cadre commerciale catholique de 27 ans, qui vie avec un protestant et préfère taire son nom, «la politique ne m’intéresse pas».
Le meurtre sectaire d’une jeune fille catholique, abattue il y a quelque temps chez son petit ami protestant, donne un exemple extrême de la difficulté qu’éprouvent les couples «mixtes» à trouver leur place dans une société nord-irlandaise profondément divisée.Dans le village protestant d’Aghalee, au centre de la province, on cherche à comprendre pourquoi un tueur a fait irruption dans la maison de la famille Green et tiré à bout portant sur Bernadette Martin, 18 ans, que John Green, son hôte, considérait comme sa «propre fille».«La confiance entre les deux communautés est en ruines», pense Dorothy Keegan, protestante d’une trentaine d’années. Secrétaire dans l’entreprise où Bernadette travaillait, elle a, comme elle, rencontré son conjoint catholique sur son lieu de travail.«A l’usine, on sort les...