«La stérilisation forcée était déjà chose commune sous la République de Weimar, en Allemagne, et c’est en premier lieu auprès des sociaux-démocrates allemands que les Suédois ont trouvé leur inspiration, a déclaré le professeur d’histoire suédois Maija Runcis. Les liens avec l’Allemagne sont donc antérieurs au nazisme».
Chercheur à l’université de Stockholm, spécialisée dans la politique sociale, Mme Runcis prépare une thèse de doctorat sur la stérilisation forcée en Suède, qui a touché 60.000 personnes, en majorité des femmes, entre 1935 et 1976 dans le pays.
La spécialiste, qui a eu accès aux Archives royales et à des documents officiels, confirme le chiffre de 60.000 cas dans son pays, où la loi qu’elle qualifie de «honteuse» a été appliquée avec plus de rigueur que dans les pays nordiques voisins, la Norvège, la Finlande ou le Danemark.
Seuls quelque 2000 Norvégiens et 1400 Finlandais ont été stérilisés de force pendant la même période, selon des chiffres officiels publiés mardi par la presse à Oslo et Helsinki, où la loi finlandaise sur la stérilisation forcée a été abrogée en 1970, six ans plus tôt qu’en Suède.
Au Danemark, la presse, peu prolixe sur le sujet, parle de «centaines de cas», concernant les prostituées, certaines femmes criminelles ou des personnes gravement handicapées physiques ou mentales.
L’écrivain norvégien Olaf Rune Ekeland Bastrup a, quant à lui, mentionné à la télévision 12.000 à 15.000 cas en Norvège, allégation contestée par le professeur Nils Roll-Hansen, de l’université d’Oslo.
L’avènement d’une hégémonie social-démocrate durable à partir des années 30 explique peut-être la campagne menée plus systématiquement et avec un large consensus politique en Suède. La classe politique croyait aux vertus de l’eugénisme. Cette science à la mode dans plusieurs pays européens, fondée sur les connaissances acquises en hérédité et favorable au maintien de la qualité de l’espèce humaine, préconisait la stérilisation des dégénérés.
Les sociaux-démocrates, à l’instar de leurs collègues allemands, développèrent cette idée, soulignant la nécessité des stérilisations pour des raisons sociales, au nom d’une société meilleure. Toutes les personnes pouvant être à charge de la société, déviants, femmes aux enfants nombreux, élèves ayant une tare, étaient alors visés.
Des personnalités, tel l’homme politique et économiste suédois Karl Gunnar Myrdal (1988-1987), prix Nobel de sciences économiques en 1974, mais surtout sa femme Alva, ont vivement soutenu le programme de stérilisation forcée.
Alva Myrdal, diplomate renommée, chef du département des affaires sociales de l’ONU et de l’UNESCO, de 1949 à 1955, puis ambassadeur en Inde, a publié dans les années quarante des articles dans la presse suédoise soulignant que les allocations sociales ne devaient pas être utilisées pour des personnes dont la progéniture n’était pas «désirable» aux yeux de la société, a rappelé le professeur Runcis. Ce n’est que par la suite, avec l’amendement de la loi en 1941, que les motifs raciaux ont également joué un rôle.
Toutes ces révélations ont provoqué un malaise et un sentiment de honte dans le pays, où les médias demeuraient assez discrets. Seul le grand quotidien du matin «Dagens Nyheter», s’interrogeait, dans un éditorial, sur les responsabilités, certes «social-démocrates, puisqu’ils étaient au pouvoir, mais aussi nationales».
«Ces lois ont vu le jour dans un environnement historique particulier, avec un large consensus politique, dans une société en mutation, tournée vers la modernité et le rationalisme (...), une société collective et solidaire où la peur d’un retour de manivelle régnait encore dans les mouvements ouvriers», écrit le journal. (AFP)


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