Avec la Bulgarie et l’Albanie, la Roumanie figure sur la seule «liste noire» des pays d’Europe centrale, dont les ressortissants ont besoin de visas pour se rendre en Europe de l’Ouest, contrairement aux Polonais ou aux Hongrois.
Les plus hautes autorités du pays, tant l’ancien président Ion Iliescu que son successeur Emil Constantinescu, ont souligné cette «injustice flagrante».
«C’est une situation indigne, car les Roumains ne sont ni pires ni meilleurs que les ressortissants d’autres anciens pays communistes», a indiqué un responsable du ministère roumain des Affaires étrangères.
Tous les jours, avant même la levée du soleil, des queues impressionnantes se forment devant les ambassades des pays occidentaux, dont les plus «assaillies» semblent être l’Italie, l’Allemagne et le Canada.
Munies de chaises rabattables, de couvertures et de café chaud, des dizaines de personnes se postent de bonne heure sur le trottoir, dans l’espoir de figurer parmi les «chanceux» qui seront admis dedans.
Une fois arrivée l’heure de l’ouverture, les matinaux, consternés, constatent souvent que leurs efforts ont été vains, car d’autres personnes, qui se sont mises sur une liste la veille, entreront avant eux.
«Il y a au moins 70 personnes qui n’ont pas réussi à entrer hier. Avec un peu de chance, vous serez admis demain», annonce un homme âgé, brandissant à un nouveau venu une feuille de papier avec plusieurs dizaines de noms inscrits.
Le parcours du combattant ne prend pas fin pour autant une fois passé le seuil de l’ambassade, car «il manque toujours un document, et on vous dit de revenir le lendemain», explique le vieux monsieur.
«Contrat de travail, extrait du compte bancaire, actes de propriétés — la liste des documents requis semble s’allonger chaque année», intervient une dame, qui souhaite se rendre chez sa fille, établie à l’étranger depuis huit ans.
Les humiliations
Sensible à la frustration croissante des Roumains, le ministère des Affaires étrangères a multiplié ses démarches pour faire rayer la Roumanie de cette liste. En plus, Bucarest a conclu des accords de réadmission des personnes en situation irrégulière avec 16 pays occidentaux, un échange d’un allègement du régime des visas pour les hommes d’affaires roumains.
En juin, le ministre des Affaires étrangères Adrian Severin a adressé des lettres «personnelles» à ses homologues des pays membres de l’Union européenne pour exprimer son «insatisfaction à l’égard du traitement particulièrement restrictif et discriminatoire appliqué aux citoyens roumains».
Le ministère a néanmoins reconnu que, selon des données présentées par l’UE, «la Roumanie compte toujours le plus grand nombre de demandeurs d’asile politique, de candidats au statut de réfugié et d’immigrants en situation irrégulière, parmi les pays d’Europe centrale».
«Mais bien que ces arguments soient en partie justifiés, la grande majorité des citoyens roumains voyagent dans des conditions de totale légalité», a souligné le ministère.
La presse dénonce régulièrement pour sa part les «humiliations auxquelles sont soumis les demandeurs de visas, traités souvent comme des délinquants».
«Malgré les encouragements et les louanges reçus par ce pays pour les progrès faits sur la voie de la réforme et de la démocratie, les visas restent inaccessibles pour les Roumains», estimait le quotidien Adevarul.
Comme par le passé, la très grande majorité des touristes roumains — 85% — se «contentent» de visiter les anciens «pays frères», Bulgarie et Hongrie, où aucun visa ne leur est imposé. (AFP)


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