Son mari Joseph l’ayant quittée pour épouser sa secrétaire Margie Cox après dix-huit ans de mariage, Dorothy Hutelmyer, 40 ans, a porté l’affaire en justice, utilisant une loi du XVIIIe siècle depuis longtemps abolie dans la plupart des Etats américains, mais existant toujours en Caroline du Nord.
Regard de porcelaine et voix douce, elle a expliqué devant les caméras que son action n’était absolument pas motivée par la vengeance. «Que quelqu’un vienne, brise un mariage et une bonne famille n’est tout simplement pas chrétien. C’est mal», a-t-elle expliqué en dénonçant les «manœuvres» de sa rivale.
Les douze jurés — dont neuf femmes — du tribunal du comté d’Alamance lui ont donné raison, et condamné au civil Margie Cox, 38 ans, à un million de dollars d’amende pour avoir volé l’affection de Joseph Hutelmyer, 43 ans, auquel elle est aujourd’hui mariée.
Dans un pays où un couple sur deux divorce, le jugement a fait grand bruit, opposant les partisans d’une décision qui selon eux peut contribuer à sauver des mariages, et ceux estimant que la justice n’a pas à mettre son nez dans le détail de la vie privée des couples.
Les initiatives se multiplient aux Etats-Unis pour «sauver les mariages», et selon un sondage Time-CNN, 61% des Américains sont favorables à ce que le divorce soit plus difficile pour les couples avec des enfants jeunes.
Blessure
émotionnelle
«Cette loi sur l’aliénation d’affection— qui remonte à l’époque où une épouse était propriété de son mari, comme les esclaves ou les chevaux — est archaïque, et la plupart des Etats l’ont abolie», a souligné sur Court TV un avocat new-yorkais spécialisé dans le mariage, Raoul Felder. «Qu’est-ce que l’aliénation d’affection? Porter une jupe courte au bureau, prêter son épaule à quelqu’un qui pleure? Dîner avec quelqu’un et l’écouter vous raconter ses soucis?».
Mais selon Gloria Allred, une avocate, championne de la défense des droits des femmes, Dorothy Hutelmyer a eu raison. «Si les hommes d’affaires peuvent se poursuivre entre eux pour interférence dans des contrats, pourquoi une épouse ne pourrait-elle pas poursuivre une maîtresse pour interférence dans ce qu’il y a de plus intime, le contrat de mariage?»
Et selon Mme Allred, Dorothy devrait aussi poursuivre son mari pour blessure émotionnelle. «Cela aiderait peut-être à protéger les mariages», a-t-elle ajouté.
Une opinion que ne partage pas Raoul Felder. «Comment savoir ce qui brise un mariage? Si le couple est solide, vous pouvez avoir 40 secrétaires, ou une star de cinéma en bikini, elles ne briseront pas ce mariage», a-t-il ajouté.
L’avocat de l’épouse trompée, James Walker, avait fait valoir au procès que Margie Cox avait changé d’apparence après avoir rencontré M. Hutelmyer, troqué ses lunettes pour des lentilles de contact, qu’elle portait des jupes courtes et du maquillage au bureau, autant d’éléments prouvant, selon lui, qu’elle s’intéressait à lui pour son argent, et avait décidé de devenir sa femme.
Dans une interview au «News Observer» de Raleigh (Caroline du Nord) Margie a démenti cette version des faits, et souligné qu’elle n’avait pas brisé un mariage qui, selon elle, battait de l’aile depuis des années.
Le mari, directeur d’une compagnie d’assurances maritimes n’était pas poursuivi par son ex-épouse, qui dans le cadre de son divorce a également obtenu une pension alimentaire pour elle et ses trois fils de 4.000 dollars par mois.
Mais juste revers de la médaille, selon Raoul Felder, il devrait lui aussi pouvoir se tourner vers les tribunaux, pour demander une baisse de cette pension.
Sa nouvelle épouse ne travaille pas, alors que l’ancienne, à laquelle il a déjà laissé leur grande maison, est désormais riche. (AFP) s


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