Aujourd’hui, cette maladie est en expansion dans le monde, et en Inde, l’«homme aux moustiques» est oublié.
Près de l’aéroport d’Hyderabad, où travaillait Ross, aucune trace du savant, qui fut prix Nobel de médecine en 1902.
Son laboratoire et sa maison, deux bungalows de style colonial, sont décrépis. Le jardin est livré aux herbes folles. La propriété a été acquise par une compagnie aérienne et une université pour en faire des bureaux mais l’endroit est désolé.
Le rare visiteur y est accueilli par des nuées de moustiques.
Il y a encore quelques années, «des docteurs éminents se retrouvaient chaque année le 20 août pour commémorer le jour du moustique et rendre hommage à l’homme aux moustiques», se souvient A. Ramachari, médecin à l’université Osmania d’Hyderabad.
«Il n’y avait jamais un moment d’ennui. On ne faisait pas que se rappeler de la contribution de Ross. Nous passions en revue les progrès effectués dans la recherche sur la malaria», dit-il. «Aujourd’hui, il n’y a plus rien».
Le paludisme, ou malaria («mauvais air» en italien) est en progression depuis 20 ans dans le monde, après avoir été tenu en échec. Il affecte entre 300 millions et 500 millions de personnes, en tue près de 3 millions chaque année, une toutes les 12 secondes, surtout des enfants, principalement en Afrique, ainsi qu’en Inde, Asie du sud-est et Amérique latine.
Aucun vaccin n’est disponible. Les antipaludéens sont devenus presque inefficaces et les moustiques de plus en plus résistants aux insecticides.
Une conférence internationale a été organisée cette semaine à Hyderabad Fondation pour marquer le centenaire de la découverte de Ross, et pour mettre en garde contre le paludisme résurgent. Les experts présents n’ont pu rendre hommage à Ross sur les lieux de sa découverte, tant l’endroit est inhospitalier. Ils l’ont fait dans un grand hôtel de la ville.
C’est en disséquant son 19e moustique, le 20 août 1897, que le Dr Ross, un Britannique né en Inde, découvrit que cet insecte était responsable de la propagation du parasite causant le paludisme.
Tout à la joie de sa découverte, Ross, alors âgé de 40 ans, écrivit ce soir-là un poème remerciant Dieu:
«En ce jour, Dieu attendri a mis entre mes mains une chose prodigieuse, qu’il en soit remercié».
«Tentant, avec larmes et sueur, de découvrir sa création sacrée, j’ai trouvé ton fourbe germe, O Mort qui tue par millions».
Anuradha Reddy, qui tente de restaurer l’endroit, raconte que Ross n’avait qu’une obsession. «Il reniflait, disséquait les moustiques (...) il a même un jour donné à un serviteur à boire de l’eau pleine de moustiques morts, mais l’homme n’a pas attrapé la maladie». «Il fut une fois si découragé qu’il qualifia ses travaux de recherche d’une aiguille dans une botte de foin».
Le Dr Ross mourut en 1932. Deux bustes le représentant existent à Hyderabad. Ils n’ont pas encore trouvé de piédestal. (AFP)


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