La plupart des quelque 20.000 civils cambodgiens, massés depuis plusieurs jours à la frontière, sont autorisés à entrer sur le sol thaïlandais pour fuir les combats qui se déroulent à O Smach, au nord-ouest du Cambodge, a-t-on indiqué mardi de source militaire thaïe.
La Thaïlande a laissé entrer les réfugiés dans la nuit de lundi à mardi, après une journée de violents combats entre les troupes de l’homme fort de Phnom Penh, Hun Sen, et celles du co-premier ministre déchu, le prince Norodom Ranariddh, qui défendaient O Smach, leur dernier bastion, à quelques kilomètres de la frontière thaïlandaise.
Après une nuit d’accalmie, les affrontements devaient reprendre mardi. L’armée thaïlandaise a déployé plusieurs unités le long de la frontière pour empêcher tout débordement et protéger les civils thaïs.
Les réfugiés ont été autorisés à franchir la frontière vers 2h. du matin. Composés pour la plupart de femmes et d’enfants, ils étaient à pied, à vélo, à moto, en chars à bœufs, emportant avec eux quelques maigres biens. Ceux qui se présentaient au poste frontière de Chong Chom en voiture ont été autorisés à entrer en Thaïlande dans la journée de mardi. Les civils cambodgiens sont pris en charge par les autorités de la province de Surin.
Quant aux militaires thaïlandais, ils ont indiqué que tout combattant cambodgien, à quelque faction qu’il appartienne, qui aurait franchi la frontière serait désarmé. De même source, on estime que les partisans du prince Ranariddh seraient au nombre de 2.000. Ils sont appuyés par les Khmers rouges. De violents duels à l’artillerie ont eu lieu notamment lundi après-midi au moment où les troupes de Phnom Penh tentaient de prendre d’assaut une colline défendue par les royalistes.
Appel au cessez-le-feu
Lundi, le prince Ranariddh, contraint début juillet à l’exil, a lancé un appel au cessez-le-feu depuis Manille, peu de temps après avoir été reçu par le président Fidel Ramos. Le chef de l’Etat philippin lui avait en effet conseillé d’abandonner la lutte armée, de signer un cessez-le-feu et de participer aux élections générales qui devraient avoir lieu l’année prochaine au Cambodge.
Le prince, en déplacement en Asie du sud-est pour tenter d’obtenir un soutien international pour faire face à son rival, le co-premier ministre Hun Sen, a déclaré lundi dans une conférence de presse: «Je devrais être autorisé à rentrer à Phnom Penh en tant que premier ministre légal, désigné à ce poste» à l’issue des élections de 1993, sous la supervision de l’ONU.
Le prince, dont les troupes ont été chassées de Phnom Penh lors des combats des 5 et 6 juillet, a été remplacé à son poste par un de ses proches, M. Ung Huot, membre du parti royaliste FUNCINPEC.
Pour sa part, dans un communiqué diffusé à Pékin, le roi du Cambodge, Norodom Sihanouk, a écarté toute abdication pour le moment et ajouté qu’il ne projetait pas de revenir sur la scène politique de son pays.
«Après avoir, plusieurs nuits durant, pesé le pour et le contre, j’ai décidé de rester roi pour un certain temps encore», a déclaré le souverain. S’estimant «à jamais dégoûté du pouvoir», Sihanouk a déclaré n’avoir aucune envie de retourner dans l’arène politique.
«Jusqu’à ma mort, je continuerai à servir, avec le plus grand et affectueux dévouement, ma patrie et mon peuple, mais pas dans le domaine politique», a dit le roi.
Norodom Sihanouk a indiqué qu’il rentrerait dans les prochains jours au Cambodge et envisagé de s’installer dans la région d’Angkor, loin du tumulte de Phnom Penh. (AFP)


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