«Statistiquement, les grands millésimes sont issus de vendanges précoces, mais toutes les vendanges précoces ne donnent pas de grands crus», explique Fabrice Fatin, directeur de la maison du tourisme et du vin de Pauillac (Médoc), en soulignant qu’il suffirait d’un orage de grêle pour tout remettre en cause.
Au château Haut-Brion, où les vendangeurs ont commencé à sillonner les douces ondulations de ce premier grand cru classé de Graves, la dernière vendange précoce, à la fin du mois d’août 1990, a réservé un nectar qui se négocie aujourd’hui à plusieurs milliers de francs la bouteille.
Comme dans tous les domaines, on s’est occupé d’abord des cépages de blanc, toujours mûrs avant les rouges.
«Une telle avance dans la maturité du raisin, qui n’a pas d’équivalent depuis 1893, était prévisible dès le mois de mai, où l’on avait noté une floraison en avance d’un mois», rappelle Jean-Bernard Delmas, responsable commercial du château.
En revanche, les pluies abondantes du mois de juillet contraignent les vendangeurs à pratiquer un travail d’orfèvre. Presqu’un par un, ils trient les bons grains de ceux qui ont été touchés par la pourriture. Les baies épargnées présentent des degrés d’alcool élevés et d’acidité faible, promesse de grand vin.
Les premiers châteaux à se mettre au travail font tous partie des Graves, comme ceux de Couhins-Lurton ou de Latour Martillac. Aux châteaux Fieuzal et Chevalier, on sélectionnera dès mardi les grains les plus dorés, parcelle par parcelle.
Dans les autres grandes appellations, la vendange ne commencera pas avant la première semaine de septembre et les jeux ne sont pas encore faits. «Sauf catastrophe climatique, nous sommes sûrs d’obtenir quelque chose de bien, explique Philippe Raymond,œnologue au syndicat viticole de Saint-Emilion. Mais il faudra voir si le soleil brille encore durant les deux prochaines semaines pour savoir si le cru sera exceptionnel ou pas».
Là comme ailleurs, les domaines dotés du meilleur terroir et de l’exposition au soleil la plus favorable seront en avance sur les autres. «Dans le Médoc, le château Latour, un des premiers grands crus classés», commence toujours le premier», explique M. Fatin.
Mais d’autres raisons, plus promotionnelles, peuvent provoquer un démarrage anticipé. Dans un autre grand château de Graves, on admet que la présence des caméras de télévision a joué son rôle. (AFP)


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