«Les Tziganes sont en train de revenir à Sarajevo. Plusieurs centaines sont déjà revenus, mais ils n’ont pas où habiter car leurs maisons ont été détruites, et les autorités ne souhaitent pas nous aider», déclare le leader de leur communauté, Orhan.
Cet homme de 63 ans, qui n’a plus que son pouce à la main droite, ajoute: «Tout le monde, y compris les Tziganes, a le droit de revenir en Bosnie. C’est écrit dans l’accord de paix de Dayton».
Cet accord garantit en principe le droit au retour pour les deux millions de personnes réfugiées ou déplacées.
Comme des centaines d’autres Tziganes, Orhan vit sur les hauteurs de Sarajevo, à la sortie d’un tunnel encombré par des carcasses de voitures incendiées. Leurs habitations sont un curieux mélange de camions, ruines et tôles métalliques avec des toits truffés d’antennes.
Des enfants en haillons, estropiés pour la plupart, courent avec des dizaines de chiots, tandis qu’un haut-parleur posé sur l’unique fenêtre d’une maison en ruines hurle une musique orientale. Une vieille Tzigane aveugle s’attelle à la cueillette d’orties, plante réputée pour ses vertus médicinales.
La communauté tzigane de Sarajevo d’avant-guerre était estimée à 15.000 personnes. Aujourd’hui, elle ne compte plus qu’environ 1.500 membres.
Originaires d’Inde, les premiers Tziganes sont arrivés au 18e siècle alors que Sarajevo s’appelait encore Saraj (le palais).
Décimés par les Nazis en Europe centrale lors de la Seconde Guerre mondiale, les Tziganes ont également été victimes du conflit bosniaque.
A Sarajevo, ils se sont rendus populaires lors du siège serbe de la ville (1992-1995) en créant leur propre brigade motorisée, baptisée Garava (noire), forte de quelque 800 hommes.
Sur les routes d’Europe
Les Tziganes espéraient que cette contribution les aiderait à écarter les regards hostiles, mais la majorité d’entre eux ont dû se résoudre à de nouvelles errances sur les routes de l’Europe, faute de trouver des abris même de fortune.
«Mes trois fils ont combattu les Serbes durant la guerre, l’un d’eux a même été décoré pour sa bravoure mais aucun d’eux ne peut trouver de travail», raconte Mira Besic, une Serbe de 58 ans mariée à un Tzigane.
Pour survivre dans un pays où le salaire mensuel moyen est de 50 dollars, «nos hommes travaillent sur les marchés, tandis que nos enfants et nos femmes mendient», dit son mari, Huso. «On est toujours en train de trafiquer quelque chose», poursuit-il en observant malicieusement de jeunes Tziganes, les longs cheveux noirs coiffés en nattes, en train de remplir des bidons d’eau.
La majorité fouillent en permanence les décharges publiques, d’autres se spécialisent dans la production d’ustensiles en cuivre et en fer.
Fiers d’avoir leur propre langue, le rom, les Tziganes ont cependant peu d’activités culturelles à Sarajevo, faute de locaux et de moyens. La plus importante reste «le bal des Tziganes», tous les 14 janvier, au cours duquel la plus belle Tzigane est désignée.
Sur les larges avenues de Sarajevo, des carrioles tirées par des chevaux fatigués, d’où parfois surgissent plusieurs têtes de petits Tziganes barbouillés de saleté, énervent les chauffeurs des puissants blindés de l’OTAN.
«Nous voulons rester vivre à Sarajevo, c’est là que nous sommes nés, et nous ne partirons pas», déclare une jeune Tzigane, les bras couverts de bracelets. (AFP)


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