Ce premier jour de l’indépendance de l’Inde, après deux siècles de domination britannique, fut aussi pour nombre d’Indiens une journée de deuil pour la partition du pays, hindous en Inde, musulmans au Pakistan, séparation qui devait faire un million de morts.
A minuit le 14 août 1947, Mountbatten remit le pouvoir aux Indiens lors d’une cérémonie dans l’imposant Parlement à New Delhi en présence des futurs dirigeants indiens et des maharadjahs. A l’extérieur, une énorme foule chantait et admirait des feux d’artifice.
A 8h30 le lendemain, Mountbatten, resplendissant dans son uniforme blanc, et sa femme Edvina, en robe de lamé argentée, revinrent au Parlement, au son des trompettes, pour assister à la prestation de serment du gouvernement indien, Nehru à sa tête.
Planait cependant l’ombre d’un grand absent, le Mahatma Gandhi, dont le mouvement non-violent contre le colonisateur avait joué un rôle déterminant pour l’indépendance. A Calcutta, à l’autre bout du pays, il médiait et se lamentait de la «vivisection» de l’Inde.
«Prenez garde au pouvoir. Le pouvoir corrompt. Ne vous laissez pas piéger par la pompe et les célébrations, dit-il à un groupe d’hommes politiques. Rappelez-vous que vous êtes au service des pauvres des villages indiens».
L’Inde faisait la fête. A New Delhi, un million de personnes assistaient face au palais présidentiel, qui avait été celui du vice-roi, au baisser de l’Union Jack et au lever du drapeau indien, orange, blanc et vert.
Les témoins de l’époque se rappellent de la foule arrivant à pied, en camions, à cheval, en chariot à buffles.
Les Mountbatten, cet après-midi là, descendirent en carrosse doré l’Avenue royale, noire de monde. Leur plus jeune enfant, Pamela, se souvient de mères terrifiées lançant leurs enfants en l’air pour éviter qu’ils ne soient piétinés. «Mon Dieu, mais il pleut des bébés», se rappelle-t-elle avoir songé.
Un mendiant se retrouva par erreur parmi les diplomates. A un policier qui lui demandait son invitation, il répondit: «Pourquoi aurais-je besoin d’une invitation? J’ai mon indépendance. C’est suffisant».
Alors que Nehru déroulait le drapeau indien et que Mountbatten le saluait, apparut un arc-en-ciel. Une voix jaillit de la foule, en hindi: «Lorsque Dieu lui-même envoie un tel signe, qui peut se dresser contre nous?» (AFP)


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