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Actualités - Chronologie

Parler le san avec des clics

Les San, les Bushmen du Botswana, qui vivent depuis des générations dans le désert du Kalahari risquent d’être sacrifiés sur l’autel du tourisme et de la modernité.
Sur les 50.000 Sans vivants, très peu suivent encore les méthodes traditionnelles, de chasse et d’élevage.
Accroupi, Pihelo Phethlhodipuo mime pour ses visiteurs l’ancestrale technique de chasse de la tribu San, armé d’un arc et de flèches empoisonnées.
«Il faut être très calme, s’approcher de l’animal. Ainsi, il est impossible de le manquer, explique-t-il en se déplaçant avec précaution dans le désert. Il faut tirer vite et une seule fois. Si l’animal meurt vite, vous aurez bientôt de la viande pour vous remplir l’estomac».
En 1960, les Basarwa – des chasseurs et éleveurs San – ont obtenu une autorisation spéciale pour pouvoir chasser avec leurs armes traditionnelles dans la réserve naturelle du Kalahari. Ce désert, un des plus arides du monde, est la plus grande zone sauvage d’Afrique.
M. Phethlhodipuo affirme cependant que depuis quelques années, l’armée et les services de surveillance du parc confisquent souvent les armes et les pièges des chasseurs, en les accusant de vendre leur gibier.
Les autorités ont proposé de déplacer les Basarwa de leur multitude de villages minuscules disséminés dans l’immense réserve, officiellement pour protéger la nature, développer le tourisme et améliorer le sort des Bushmen.

Déplacés

Ces derniers sont les premiers habitants connus d’Afrique australe. Ils furent décimés par les invasions des colons européens et des tribus bantoues aux XVIIIe et XIXe siècles.
Les troupeaux sauvages, dont les Basarwa vivent, ont été décimés par la sécheresse et leurs effectifs ont diminué de 95% en dix ans, selon des responsables de la réserve.
Selon les mêmes sources, 350 Basarwa ont déjà accepté «volontairement» de quitter le désert au début du mois de juin. ils ont été amenés par camions du gouvernement du camp de Xade, le plus grand de la réserve, vers un village de tentes, à l’ouest, New Xade, où ils recevront une aide au développement.
«Les Basarwa n’ont pas d’avenir dans la réserve du Kalahari», assure le directeur botswanais de la protection de la nature, Fedia Modise. «Leur mode de vie traditionnel s’éteint, et les animaux disparaissent aussi. Ils doivent désormais s’adapter au monde moderne».
Les autorités leur ont promis des écoles, des hôpitaux, et du bétail pour que ces chasseurs et éleveurs deviennent des paysans traditionnels ou des commerçants.
De hauts fonctionnaires –dont deux ministres – se sont rendus à New Xade et ont annoncé que 10 millions de pulas (3 millions de dollars) seront débloqués pour assurer le développement des déplacés.
Ceux qui ont accepté de partir se justifient en rappelant les promesses du gouvernement: des maisons de type occidental, des magasins, dont des débits d’alcool, des infrastructures de santé et d’éducation.
Des centaines de Basarwa, disséminés dans le sud de la réserve, refusent cependant de s’en aller, assurant préférer mourir qu’abandonner leur terrain de chasse sacré.
Recroquevillé près de son feu de camp, le jeune chef Amogelang Segwetsana, qui dirige la petite communauté familiale de Kikama, rejette en bloc l’idée du départ assurant qu’il tomberait «malade» s’il quittait la terre de ses ancêtres.
«Je ne peux par partir. Mon grand-père est mort ici, mes oncles sont morts ici et je dois mourir ici, dit-il. Les esprits de mes ancêtres me parlent parfois, dans mes rêves et me disent d’utiliser (comme médicament) la terre de leurs tombes quand je suis malade».

Chibuku

Selon lui, les chefs Basarwa ont demandé à être embauchés comme guides, employés d’hôtels ou officiers de surveillance du parc.
Le ministre de la Terre et du Logement, Patrick Balopi a démenti toute «pression» déloyale du gouvernement pour forcer les Basarwa à l’exode.
Au moins deux groupes de défense des droits de l’hommes – Peuples primitifs du Kalahari et le groupe des droits de l’homme Ditshwanelo – ont accusé le gouvernement de soudoyer les Basarwa et de les menacer de couper toute aide gouvernementale.
Le ministre du Commerce et de l’Industrie, George Kgoroba a, lui, incité les Basarwa à ouvrir des «débits d’alcool pour vendre du chibuku», une liqueur traditionnelle.
Le ministre a également annoncé l’intention du gouvernement de construire sur la réserve des pistes d’atterrissage et des complexes hôteliers. la réserve n’est pour le moment accessible qu’en 4X4.
«Nous voulons accueillir de riches touristes qui nous paieront de dollars que nous utiliserons au profit de la communauté basarwa», affirme M. Kgoroba.
Le Botswana a récemment autorisé des compagnies minières à forer dans la réserve qui est considérée comme une réserve potentielle de diamants.
Il ne reste que très peu de San à parler la langue traditionnelle, avec son éventaire compliqué de clics (claquements de langues) et sons du fond de la gorge. (AFP)
Les San, les Bushmen du Botswana, qui vivent depuis des générations dans le désert du Kalahari risquent d’être sacrifiés sur l’autel du tourisme et de la modernité.Sur les 50.000 Sans vivants, très peu suivent encore les méthodes traditionnelles, de chasse et d’élevage.Accroupi, Pihelo Phethlhodipuo mime pour ses visiteurs l’ancestrale technique de chasse de la tribu San, armé d’un arc et de flèches empoisonnées.«Il faut être très calme, s’approcher de l’animal. Ainsi, il est impossible de le manquer, explique-t-il en se déplaçant avec précaution dans le désert. Il faut tirer vite et une seule fois. Si l’animal meurt vite, vous aurez bientôt de la viande pour vous remplir l’estomac».En 1960, les Basarwa – des chasseurs et éleveurs San – ont obtenu une autorisation spéciale pour pouvoir chasser...