Les encens, chants de prières et vignes pour le vin sacré sont prêts pour les «temps messianiques, où la paix régnera dans le monde entier», affirme l’avocat Baroukh Ben-Yossef, qui travaille dans un quartier chic de Jérusalem.
En attendant la paix universelle, tous se préparent à l’assaut final. Car pour reconstruire le temple, il faudrait d’abord détruire la mosquée d’Al-Aqsa et le Dôme du Rocher, troisième lieu saint de l’Islam, qui se dressent depuis treize siècles sur les ruines du Temple juif.
«C’est comme une armée. Il faut s’entraîner pour être prêts quand la guerre éclatera», affirme M. Ben-Yossef.
«La première étape et de monter prier en masse (sur l’Esplanade), ensuite d’exiger la construction du temple», ajoute-t-il.
M. Ben-Yossef organise «la réunion annuelle des bâtisseurs du troisième temple» qui rassemble, dit-il, plus d’un millier de personnes chaque année en Israël. «Il y a 7 ans, nous n’étions que trente», explique-t-il.
Les participants présentent leurs projets. Un énorme chandelier en or est déjà en attente aux Etats-Unis et les futurs grands prêtres peuvent s’entraîner aux sacrifices d’animaux sur un autel «de simulation», érigé sur les bords de la mer Morte.
«Un architecte a même conçu un plan de Jérusalem qui prévoit de nouveaux emplacements de parkings, pour accueillir les millions de pèlerins qui viendront assister aux sacrifices de la Pâque», affirme M. Ben-Yossef.
Les extrémistes se heurtent à la fois aux autorités musulmanes, qui gèrent l’Esplanade des mosquées, au Grand Rabbinat d’Israël, qui estime que les Juifs ne doivent pas y prier, et à la police israélienne, qui le leur interdit formellement.
Pour le Grand Rabbinat, qui a lancé une campagne à la veille du 9 du mois d’Av, le jour de la commémoration de la destruction du temple, «il est interdit de monter sur le Mont du Temple en raison des risques de désacralisation».
Le judaïsme orthodoxe ne veut pas que soit foulé aux pieds le lieu où devait se trouver le «Saint des Saints», la partie de l’antique temple où se trouvait l’Arche d’alliance.
«Les dirigeants ont peur de la réaction de la communauté internationale. Ils n’osent pas affirmer aux yeux du monde que ce lieu est à nous», s’insurge Yitzhak Yallouz, qui achète des pierres taillées dans le Néguev, grâce à des souscriptions populaires qu’il stocke soigneusement.
Cet ancien graphiste parisien croit fermement au «miracle». «Dieu va nous donner un coup de pouce. Quand je m’occupe de mes pierres, je sens que ça bouge là-haut», s’exclame-t-il, en désignant quatre dalles entreposées dans sa caravane de la colonie de Kokhav Yaakov, en Cisjordanie. Il a calculé qu’il lui en faudrait, en tout, six millions.
En attendant le messie, les extrémistes vont sur l’Esplanade, mêlés aux touristes, et se font régulièrement interpeller par la police. «J’y vais pour y marquer une présence juive. Mais toujours incognito, avec des lunettes de soleil et un chapeau», raconte Fievel Handler, un ancien hippie du Minnesota.
Les autorités musulmanes ne négligent pas les risques. «Je considère avec sérieux toutes les actions de ces extrémistes», déclare M. Hassan Tahboub, le ministre du Waqf, l’administration des biens musulmans. «Mais je suis sûr que le gouvernement est plus sage qu’eux et ne cherchera pas à déclencher une bataille dont personne ne peut prévoir l’issue». (AFP)


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