«Je rêvais souvent du jour où les usines fonctionneraient toutes seules sans intervention humaine», se souvient Yasuyuki Yokobori, responsable d’une filiale du géant des cosmétiques Shiseido.
Se rappelant une exposition de robotique qu’il avait visité dans les années 80 et le déplacement fascinant sans assistance d’un robot muni de deux jambes pour une usine automobile, il reconnaît que ces technologies «progressaient en permanence».
Mais M. Yokobori explique qu’il a réussi à doubler le rendement de son entreprise quand il renonça à quatre robots installés dans les années 80 pour près d’un million de dollars.
«Le secret pour fabriquer des produits de qualité supérieure, c’est toujours les ouvriers qualifiés et leurs suggestions», dit-il.
Ce constat semble largement partagé aujourd’hui au Japon puisqu’une campagne à l’échelle nationale a été lancée pou préserver une main-d’œuvre qualifiée que les robots ne pourront pas remplacer dans le futur.
Capital public
Une commission du ministère du Travail a découvert, à l’issue d’un sondage effectué l’année dernière auprès de 2.200 sociétés, que 60,2% d’entre elles craignaient une pénurie de main — d’œuvre qualifiée dans les années à venir.
Plus de 90% des sondés ont déclaré qu’ils auraient besoin de ces travailleurs hautement qualifiés à l’avenir, tout en tenant compte des progrès technologiques, mais seulement 20,1% pensent qu’il y en trouveront en nombre suffisant.
Une étude menée auprès des aciéries, des industries chimiques, de machines électriques et dans neuf autres secteurs industriels a permis d’établir des plans pour préserver l’essentiel des connaissances de 50.000 employés, sélectionnés l’année prochaine, et les réunir dans une base de données.
Le Japon devrait considérer l’habileté des ouvriers qualifiés comme un «capital public», souligne le rapport, avertissant qu’il serait difficile de retrouver de telles ressources une fois qu’elles auront disparu.
Mitsubishi Heavy Industries et les autres grands constructeurs navals ont mis en place une équipe d’ingénieurs chargés de développer un système informatique capable de compenser la disparition à prévoir des chefs d’atelier expérimentés.
«Nous visons à développer le système d’ici mars 2000, avant que nombreux d’entre eux ne partent à la retraite d’ici une dizaine d’années», explique un porte-parole du groupe.
Le fabricant d’électronique grand public, Sharp Corp. prévoit d’ouvrir une école interne dans les prochains mois pour favoriser la formation des jeunes employés par leurs aînés expérimentés.
«Nous créerons des manuels et une base de données en demandant à des experts en soudage, en presse métallique et autres travaux de manufacture de faire des démonstrations pour ce qui ne peut être transmis par voie orale», a indiqué un porte-parole, M. Jiro Matsunami. (AFP)


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