Alors que l’Inde fête le cinquantenaire de son indépendance, l’un des journalistes et écrivains indiens les plus connus, Khushwant Singh, a osé affirmer que ce «fou impérialiste» de Churchill pourrait bien avoir eu raison.
Il ne passe guère de semaine en Inde sans qu’en première page de la presse apparaisse un homme politique entre des policiers ou derrière des barreaux.
L’ancien premier ministre P.V. Narasimha Rao et une floppée d’anciens ministres, accusés de versements de pots de vin, tentent depuis six mois d’éviter la prison. Le premier ministre d’un des grands Etats de l’Union impliqué dans un scandale vient de démissionner et a été emprisonné.
Même les morts sont soumis à enquête. L’ancien premier ministre Rajiv Gandhi, assassiné en 1991, est périodiquement accusé de fraude et d’avoir touché de l’argent d’une firme suédoise pour un contrat d’armement.
Ashish Nandi, sociologue, estime que l’Inde n’est pas plus corrompue qu’un autre pays mais que les scandales y sont «délicieusement haut en couleurs».
Trop de tentations
Beaucoup d’hommes politiques viennent de circonscriptions pauvres et «n’ont pas la finesse nécessaire pour faire cela proprement», explique-t-il. «La seule façon qu’ils ont d’encaisser de l’argent est de le prendre en cash».
Ancienne actrice devenue premier ministre de l’Etat du Tamil Nadu avant de devoir démissionner, Jayalalitha Jayaram avait assuré qu’elle n’aurait qu’une roupie par mois de salaire officiel. La police a découvert chez elle 10.500 saris, 400 paires de chaussures et 30 kilos d’or et de bijoux.
Sukh Ram, ex-ministre des Télécommunications, refusa de rentrer de Londres lorsqu’un million de dollars en cash fut découvert chez lui, arguant de problèmes cardiaques. Il revint finalement sur une chaise roulante, avertissant que la prison pourrait le tuer. Quelques semaines après avoir obtenu la liberté sur parole, il parcourait le pays pour fonder un parti.
Selon Ashish Nandi, 40 ans de socialisme centralisateur à l’indienne ont donné trop de tentations à nombre d’hommes politiques et fonctionnaires à la tête d’énormes ressources financières.
Le backshish est florissant à tous les niveaux. L’ouverture économique du pays depuis 1991 a multiplié les possibilités d’enrichissement illicite.
«La corruption, je dois dire avec grand regret et douleur, est passée dans les veines de cette nation», a déclaré le premier ministre Inder Kumar Gujral à la veille de l’anniversaire du cinquantenaire de l’indépendance.
Le premier appel du nouveau président de l’Inde, Kocheril Raman Narayanan, lors de sa prestation de serment en juillet, a été pour la lutte contre la corruption.
Mahesh Rangarajan, commentateur politique, est plus optimiste. Il estime que les gens en ont assez et que les tribunaux sont de plus en plus fermes. «Le niveau de corruption s’est accru mais la tolérance qu’on lui accordait a baissé», affirme-t-il.
Narasimha Rao n’a cependant pas trop de souci à se faire. A 75 ans, le temps est son allié. En Inde, il faut parfois plus de dix ans avant qu’un procès puisse enfin avoir lieu. (AFP)


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