«Il y a eu Coe, Cram, Aouita... et c’est maintenant l’ère El-Guerrouj», a fièrement lancé le Marocain qui, à l’issue de la course, a rejoint dans les tribunes le président de la Fédération marocaine, El-Mediouri, «un second père» avec lequel il a partagé son bonheur.
«C’est un jour historique», a-t-il poursuivi, dédiant son triomphe au roi du Maroc et au peuple marocain, après un tour de piste drapé dans le drapeau rouge frappé de l’étoile verte, durant lequel il a distribué sans retenue des baisers à la foule. «Ce fut une victoire convaincante. J’ai montré à tout le monde ce dont j’étais capable».El-Guerrouj a en effet émerveillé les dizaines de milliers de spectateurs du stade olympique par sa capacité à contrôler la course pour éviter le moindre faux pas, puis à accélérer après le kilomètre pour s’envoler vers la victoire. Personne, pas même Morceli, le champion olympique d’Atlanta et recordman du monde de la distance, ne put répondre à l’attaque...
Son envolée sur la piste athénienne était aussi irrésistible que l’ascension du gamin de Berkan qui a quitté ses sept frères pour rejoindre le pensionnat de Rabat, où il s’entraîne en alternance avec le site en altitude d’Ifrane, et suivre ainsi la filière du demi-fond et fond marocain dont il est devenu l’incontestable leader.
En 3 min 35 sec 83/100, El-Guerrouj a effacé les heures noires de l’été dernier à Atlanta, avec cette finale olympique où il était venu en prétendant mais durant laquelle il a été victime d’une chute pour se classer finalement au... 12e rang.
La déception passée, El-Guerrouj n’a guère attendu pour se lancer dans sa reconquête. Il a lancé un premier avertissement à Morceli lors de la finale du Grand Prix 1996, mettant fin à quatre années d’invincibilité de l’Algérien.
La reprise 1997 a été encore plus convaincante. Records du monde en salle sur 1500 mètres et mile à la clef, ce qui lui a valu au passage de se voir offrir une voiture par la Fédération marocaine. El-Guerrouj a volé de victoire en victoire. De Hengelo à Nice en passant par Paris, où il a donné un deuxième avertissement à Morceli (2e), et Oslo, où il a frôlé d’une demi-seconde le record du mile de l’Algérien.
Le tout à un rythme incroyable puisque, avant le sommet d’Athènes, son chrono le plus lent était de 3 min 31 sec 87.
«Je vais battre des records avant la fin de l’été», a averti le Marocain, avec l’assurance d’un nouveau patron convaincu de coiffer les lauriers olympiques en l’an 2000 à Sydney.
A n’en pas douter, le portefeuille d’El-Guerrouj, déjà plein des 60.000 dollars d’Athènes, devrait s’emplir d’or et de billets verts...


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