A en croire un dessin de l’artiste néerlandais Aart Clerkx qui trône à l’entrée du musée, John Pierpont Morgan, efflanqué, la moustache abattue, une oreille à moitié déchirée – peut-être dans une bagarre – ne semblait pas spécialement attirant. Pourtant c’est en son souvenir que le banquier Bob Meijer, aujourd’hui retiré aux Etats-Unis, a ouvert ce musée en 1990 dans l’un des endroits les plus célèbres, mais aussi les plus secrets d’Amsterdam, le Herensgracht. C’est là, sur le quai des Seigneurs, que résidaient les riches armateurs et marchands, au temps du «siècle d’or» hollandais, au XVIIe siècle.
Dès que l’on entre dans le musée, aménagé dans un hôtel particulier comme un intérieur bourgeois du XIXe siècle, on réalise pourquoi les chats laissent si peu de personnes insensibles, qu’elles les aiment ou les détestent.
Dans l’ancienne Egypte, la divinité féline Bastet était adorée pour ses supposés dons surnaturels. Au Moyen Age, le chat, considéré comme un complice des sorcières, était condamné au bûcher pour les mêmes raisons. Admiré pour son instinct de chasseur en Chine, en d’autres lieux il a été dénigré pour son caractère meurtrier. Il était apprécié des Japonais pour sa beauté et sa grâce, alors que d’autres ont vu dans ces caractéristiques le symbole de la vanité et de la fierté. Et quant à son caractère individualiste, c’est le propre d’un intrigant et d’un ingrat pour certains, d’un être libre et impénétrable pour d’autres.
Lait pur
Toutes ces réactions sont mises en évidence par la grande variété des œuvres rassemblées dans le musée. Une sculpture de la divinité Bastet du 8e siècle avant Jésus-Christ trône au milieu d’une salle, tandis que des gravures romantiques du siècle dernier rappellent les sabats auxquels les chats étaient supposés se livrer au Moyen Age.
Le chat médiéval apparaît de façon plus sympathique sous la forme du Chat botté qui a été utilisé maintes fois par les affichistes de la Belle Epoque. Le chat était l’un de leurs sujets préférés, que ce soit pour vanter les mérites d’une clinique vétérinaire située avenue de l’Opéra à Paris, les vertus du «lait pur» vendu par les frères Quillot, en Côte d’or (centre-est de la France), ou ceux d’une boisson apéritive toujours vendue de nos jours mais dont l’emblême félin a disparu. Sans oublier les affiches et programmes de spectacle illustrés par Rodolphe Salis pour le cabaret du Chat Noir, à Montmartre.
Aux côtés de ces illustrations, le chat a aussi servi d’inspiration aux plus grands. Un dessin de Rembrandt – Pays-Bas obligent – voisine avec un autre de Picasso. Des aquarelles de Foujita répondent à une série de Van Dongen. Plus loin, des dessins de Leonor Fini font face à de précieuses estampes chinoises et japonaises. D’autres artistes ont consacré leur œuvre presque exclusivement aux chats, comme les Hollandaises Henriette Ronner-Knip et Anna Brons au siècle dernier, ou plus près de nous le Russe Nicolas Tarkhoff.
Enfin, au détour d’une salle, on découvre un costume réalisé pour la comédie-musicale Cats ou un exemplaire du livre Chats, de Colette, illustré par Jacques Nam. Cela sous l’œil blasé de gros matous à moitié endormis, mais bien vivants, qui jouent, dans chaque pièce d’exposition, le rôle de gardiens de ce musée unique au monde. (AFP)


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