Le soleil commence à peine à décliner quand les premiers marathoniens de la nuit viennent s’allonger au pied du bar Sa Trincha, sur le sable des Salines, pour y poursuivre vingt-quatre heures de fête ininterrompue à Ibiza.
Marcelo, architecte de Barcelone venu pour le week-end, reprend une pilule du remontant qui l’a aidé à tenir depuis que tout a commencé la veille vers minuit dans une des boîtes de danse d’Ibiza.
Dans ce coin de plage des Salines, on ne vient pas pour dormir. Armé de son téléphone cellulaire, on vient pour continuer à écouter la house-music qui rythme les énormes boîtes de nuit de l’île, alimentées par avions entiers, souvent pleins de Britanniques.
Allemands, Français, Italiens ou Espagnols, toute l’Europe du tatouage et du piercing bronze à Las Salinas, dans une atmosphère bon enfant, vêtue d’une salopette à la mode, en maillot de bain ou totalement nue.
Une superbe Africaine sort de l’eau dans le plus simple appareil, la tête couronnée d’un diadème argenté, sous le regard de dizaines de paires de lunettes de soleil impressionnées. Un compatriote lui vole la vedette du frisson en déambulant sur la plage son membre le plus intime percé d’un anneau.
Avocats, présentateurs de télé ou routards, les assoiffés de l’après-midi ont rendz-vous au Sa Pancha. «L’ecstasy ça donne soif», explique un habitué. Cette drogue aide les fêtards à se passer de sommeil pendant les trois jours de leur week-end.
«Il faut deux à trois pilules pour tenir, à 2.000 pesetas (13 dollars) le cachet», selon un Parisien.
«After hours»
La résistance à ses limites, Marcelo n’y tient plus, engoncé dans sa chaise. Sa tête s’affale sur le côté, alors que la puissante sono continue de diffuser de la Deep House, de la Transprogressiv ou du Funky Afro, selon un connaisseur venu de Madrid.
Avec ou sans drogue, les langues se délient sur le sable, on fait connaissance ou on retrouve celui ou celle rencontré au Privilège, l’ancien KU des collines de San Rafel, qui peut accueillir jusqu’à 10.000 personnes jusqu’à neuf du matin. Ensuite, le rendez-vous s’appelle le Space, discothèque «after hours», pour danser jusqu’à 16h.
Talons vertigineux de créatures androgynes ou rocker arborant une veste en plumes noires, la faune du Space est parsemée de blondes Allemandes en tenue moulante qui semblent beaucoup s’amuser.
L’heure des Salines approche. La plage est aussi le centre d’information où on peut apprendre le lieu et l’heure de la soirée du jour sur une île réservée aux mieux renseignés.
Seo le Suisse italien, Christian le Français et Bruno le Belge ont «160 ans à nous trois». Ils ne reconnaissent plus la Ibiza d’il y a trente ans. «C’est devenu Saint-Trop’», se plaint Christian, qui ne voit pas l’intérêt «de ne pas dormir pendant trois jours». Seo accepte l’évolution. Ibiza, «c’est une île qui a de sacreés vibrations», avance-t-il pour expliquer l’engouement permanent pour l’île des Baléares.
Sur la plage, Mike et Claire font la promotion de leur soirée Manu Mission. Trois Français arrivent trop tard pour les invitations. Il faut 6.000 pesetas (39 dollars) pour accéder à la célèbre soirée du Privilège.
Anglais, Mike et Claire remontent la plage avec leurs assistantes latinos venues de New York, en procession derrière un étendard frappé d’un grand M brandi par un ami nain.
Leur rêve: achever le tournage de «Manu Mission, The Movie», un film sur vingt-quatre heures de fête Manu Mission non-stop, des pistes du Privilège au sable des Salines. (AFP)


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