Ce commentaire du cosmonaute russe Alexandre Kaleri, qui observait dimanche l’arrivée sur le pas de tir de Baïkonour de la fusée qui enverra deux de ses compatriotes réparer la station orbitale Mir, semble faire l’unanimité tant parmi les cosmonautes russes que leurs homologues étrangers.
Qu’ils soient Américains, Russes ou Européens, tous, en dépit des avatars survenus ces six derniers mois — y compris un incendie et une dépressurisation, deux incidents potentiellement mortels — affirment ne prendre qu’un faible risque en partant sur la station russe vieille de plus de 11 ans.
Le commandant Anatoli Solovev, 49 ans, qui sera mardi soir aux commandes du vaisseau spatial Soyouz-TM au sommet de la fusée, est sûr de lui.
Même lors de son premier vol sur Mir en 1988, disait-il la semaine dernière, «je n’ai jamais eu vraiment peur. Voler dans l’espace, c’est comme faire du vélo. Une fois qu’on a appris, on n’oublie plus».
Cette assurance est fréquente chez les cosmonautes ayant déjà volé, soulignait dimanche le chef du centre russe de préparation des cosmonautes, Iouri Korgapolov, qui suit l’entraînement de Solovev et de son ingénieur de bord Pavel Vinogradov pendant leurs derniers jours à Baïkonour.
Même les cosmonautes étrangers ayant peu ou jamais volé sur Mir parlent de la peur comme d’une sensation sinon inconnue, du moins lointaine.
Juste avant que la Nasa n’annonce qu’elle allait être remplacée, l’astronaute américaine Wendy Lawrence, qui devait partir sur Mir en septembre, comparait les ennuis de Mir à ceux de «ma vieille voiture aux Etats-Unis», sans angoisse aucune.
Quatre décès
«seulement»...
«Il n’y a aucune raison d’avoir peur. Les conditions de vie à bord ne sont pas des plus confortables, on le sait, mais il n’y a aucun problème de sécurité à court terme», estime Léopold Eyharts, le Français qui devait participer au vol de mardi avant que les déboires de la station n’obligent à reprogrammer sa mission jusqu’en janvier 1998.
Cette confiance vient aussi d’un calcul simple, souligne le cosmonaute français Jean-Pierre Haigneré, qui espère passer plusieurs mois sur Mir en 1999. Les vols spatiaux ont fait jusqu’ici considérablement moins de victimes que l’aviation, quatre Russes «seulement» sont morts depuis le vol légendaire de Iouri Gagarine en 1961.
Selon lui, les avatars qu’a connus Mir ces derniers mois ont même un côté rassurant. «Cela prouve que malgré deux incidents graves, la station peut continuer à tourner et les gens continuer à y vivre. Et confirme que les procédures de sécurité sont bonnes. Jusque là, on n’en était pas à 100% sûrs».
Tous ces commentaires n’empêcheraient pas ces cosmonautes, s’ils se retrouvaient soudain face à un incendie ou une nouvelle dépressurisation de la station, de ressentir un moment de panique, souligne un spécialiste européen des missions spatiales. (AFP)


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